Une sorte de méditation post-coïtale administrée par Moroder
DJ Pone, de Meaux à Skrillex
Partons d’un constat simple : quel est le point commun entre la tournée des Casseurs Flowteurs, la panse bedonnante (mais attachante) de Gérard Baste, la verve de Fabe, Cut Killer et la pseudo incursion dubstep d’A$AP « trendy nigger » Rocky ? Réponse, un crâne rempli de bruits chelous et légèrement dégarni nommé Thomas Parent aka DJ Pone. En 15 ans, ce prod a usé sa platine sur presque toutes les scènes du monde en commençant par inspirer le hip-hop dans les années 90 (Triptik, Scred Connexion, TTC, Svinkels) tout en revendiquant il y a peu son identité électronique. Un parcours unique qui l’aura fait chiller des plates-bandes franciliennes de JF Copé au Tour-Bus de Skrillex.

Alors que les premiers balbutiements du cru 2014 commencent à peine à se faire sentir, c’est la boîte à musique Ed Banger qui ouvre les hostilités en intronisant sur le devant de la scène un nom à la consonance familière. Le 14 janvier dernier sortait Erratic Impulse, nouveau-né issu des chaleurs de Pone (qui rejoint pour l’occaz la maison de son illustre pote DJ Mehdi), un EP 4 titres qui fait immédiatement penser à une soirée échangiste en sous-sol orchestré par deux des labels les plus IN du moment Ed Banger x Bromance. L’occasion pour nous de revenir sur le parcours intense de DJ Pone et pourquoi pas même d’imaginer le futur de ce pilier de la scène FR.
1990 - 2000 / French Connection
La success story débute à l’époque où Bruce Willis se fait appeler John McClane et où les ensembles veste+pantalon jeans représentent un bon goût certain. C’est au milieu des nineties que Pone (blaze inspiré d’un graffiti mal déchiffré) commence à s’affranchir des codes manichéens de la musique moderne pour faire de sa platine Vestax un instrument aussi précieux et respecté que la harpe. Première scène en 96 pour les prestigieux championnats Disco Mix Club (DMC), Pone commence à croiser sans le savoir ceux qui deviendront plus tard ses compagnons de route sous l’écusson plumé Birdy Nam Nam (prononcé Birdy Num Num par les adeptes de Krishna) Crazy B, DJ Need et Little Mike. Fin 90, alors que le collectif Skratch Action Hiro (Dj Need, Dj Mouss, Crazy B et Moth) commence à s’imposer dans les compétitions DMC, Pone va mettre un première marque sur la scène hip-hop frenchy en intégrant le Double H DJ Crew où le trio de tête Cut Killer, DJ Abdel et Deenasty ont pour principal activité de hisser le sampler au rang d’instrument à part entière.
DJ Pone / Svinkels
Complètement investi par le rap jeu jusqu’au bout des doigts, Pone s’acoquine dans la foulée avec plusieurs go aux courbes précises à l’image de la militante et revendicative Scred Connexion, la pulpeuse mais grivoise Svinkels et l’engageante Triptik pour ne citer qu’elles. Il anime également (comme son pote Cut Killer) des shows radios sur Skyrock au début des années 2000 et sur Générations (aux cotés de Fabe puis de JR Ewing) qui résonneront comme des radios pirates à travers l’hexagone lui permettant de sortir des esgourdes puristes pour toucher peu à peu le grand public.
DJ Pone / Triptik
2000 - 2010 / Birdy
Dès 2002, après 4 titres de champion de France DMC individuel et après le sacre de champion du monde (mais sans Pone, forfait pour cause de compétition individuelle, on peut pas être sur tous les fronts) de Birdy Nam Nam, leur destin se dessine et devient l’obsession principale de Pone qui de son côté enchaîne albums et tournées, tout en continuant ses projets en tant que DJ. Un titre commence à l’époque à squatter les esprits, un accordéon saccadé entêtant couplé à un sample d’Eddie Kendricks qui ne porte pas encore son blaze de théâtre parisien.
A l’aube de l’année 2004, alors qu’il commence peu à peu à se lasser du pur Djing qui devient plus pour lui un exutoire technique pour parkinsoniens, Pone et ses potes s’émancipent sous le nom de Birdy Nam Nam et accouchent l’année suivante d’un album éponyme que personne n’avait vu venir. Au lieu de se cantonner aux traditionnels gimmicks de turntablist, Pone, Need, Crazy B. et Lil’ Mike mettent leur maitrise technique au service d’un groove ethnique survolté, encore atypique pour l’époque. Funk, Jazz, Abstract hip hop, Breakbeat, les Birdy écrivent leur histoire avec cette première pierre éponyme à l’essence d’Abbesses et se voient comparer aux plus grands noms DJ Shadow, Kid Koala ou encore The Herbaliser.
DJ Need / Lil’ Mike / DJ Pone / Crazy B
2009 et des centaines de concerts survoltés plus tard, la clique dévoile un nouvel album audacieux. Franchement plus électronique que son prédécesseur, Manual for Successful Rioting recèle en son sein une aspiration clubbing qu’encore une fois personne n’attendait et que tout le monde s’est pris dans la gueule. Au delà de l’engouement général et communément à chaque prise de risque les premières critiques vives se font entendre alors que le crew commence à résonner à l’internationale. Passée la décontenance, le succès est au rendez-vous, symbolisé par une Victoire de la musique 2010 du Meilleur enregistrement de musique électronique, ajoutez à ça des prestations mémorables à l’internationale et la nature morte devint chez d’oeuvre.
2010 - 2013 / Owned With Stuffed Large Animal
2011 nouveau terrain de jeu pour Birdy Nam Nam, le quatuor passe à la Codéine (merci Para One), s’engage avec Savoir-Faire et lâche un troisième opus, Defiant Order qui pour le coup s’annonce comme une digestion radicale et pessimiste des deux premiers albums (dixit Pone)
L’auditeur navigue à contre-courant, se prend à rêver qu’il traverse un illustre show techno en plein Detroit lorsqu’il est soudain ramener à la réalité à grands coups de drapeau tricolore. Moins apte (aux premiers abords) à conquérir les clubs que le précédent, Defiant Order s’enfonce dans les abysses de l’océan électronique et donne une occasion inespérée à Pone et aux Birdy lorsque Skrillex la star mondiale et contestée du dubstep s’engage personnellement sur la qualité du pot franchouillard. L’équipe profite alors de l’accélérateur de particules US pour ré-introduire sa musique outre-Atlantique. Une mise en lumière qui trouve son écho avec une interprétation mainstreamisée de Goin’ In.
« I played with these guys in Strasbourg France and I’ve never seen a more technically impressive and musical live DJ set… These guys are all some of the world’s best turntablists and what they do live is seriously mind boggling… »
SKRILLEX

S’ensuit naturellement une signature sur le label du jeune brostepeur, OWSLA, qui aura un effet catalyseur sur les teens déjà dévoués aux basses charpentées du gaillard. Remix ensuite utilisé comme base pour une instru du dernier A$AP Rocky, Wild for the Night, qui n’aura pour effet qu’un coup de grâce donné aux derniers auditeurs doutant de leur aura universel.
Après avoir assumé son côté éclectique en faisant la cour aux courants électroniques et après s’être essayé au style de la B.O. avec « Des Vents Contraires » de Jalil Lespert, Pone va profiter de sa nouvelle notoriété pour matérialiser les projets qu’il a en tête, à commencer par mettre en musique la relation intimiste qu’il entretient avec Greg Frite (ancien BlackBoul’ de Triptik).
2014 - X / Erratic Impulse
Le 14 janvier dernier sortait Erratic Impulse, dernier né du parcours musicalement dense de Pone. Quatres tracks résolument électro lâchées dans la nature urbaine sur lesquelles Pone est tour à tour rejoins par l’une des moitiés chevelue de Justice (Gaspard Augé), « Didaï à la prod » et le frontman de Black Strobe, sir Arnaud Rebotini. Au delà de la pur musique une question se pose, pourquoi Ed Banger ? Et pourquoi pas. Pone a toujours était un proche de l’écurie française, de part sa relation avec DJ Medhi (and Pedro Winter) et surtout depuis l’avénement électronique de MFASR et cette sortie de scène apocalyptique qu’est « Parachute Ending ».
« Falken’s Maze me faisait penser au film War Games où le hacker doit passer le labyrinthe de Falken. MFE est une dédicace à DJ Medhi. A la base, cette track était moins funky, plus deep. Puis j’ai réécouté des morceaux du 113, Face à la police m’a inspiré. Le style de loop de Medhi me touchait. »
PONE

Plus proche d’une bande originale qu’une soirée en club ce EP révèle tout le savoir-faire que Pone à acquis, couplé à des invités soit doué, soit inspirant, les deux le plus souvent. L’ombre de Gaspard Augé plane au dessus de l’oeuvre finale qui à tout d’un pamphlet rétro-futuriste conçu dans une Delorean. Le EP se conclu euphoniquement sur le titre qui aurait pu (dû ?) lui donner son nom, Errotic Impulse, sorte de méditation post-coïtale administrée par Moroder.
« C’est un peu glauque mon histoire… Ça se passe la nuit en tout cas, c’est pas un après-midi à Palavas Les Flots ! C’est un truc qui va d’un point A à un point B. C’est très Hip Hop urbain, même si ça dérive sur l’électro. Ça passe bien dans les transports… La première fois que je l’ai écouté fini, en entier, j’étais dans le train pour aller à Meaux, d’où je viens. Il faisait bien gris, ça passait bien. Je pense que ça ferait une bonne B.O. de vidéo de graff. Ça donne envie de défoncer des trains. »
PONE
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Vincent Vuillaume
@Vvuillaume





Dj Mehdi, pas Medhi…