Punk ain't dead !
Daft Punk, les gens, et moi
Ce qu’il faudra retenir de 2013 : l’attentat de Boston, le mariage pour tous en France, le décès d’Hugo Chavez et la sortie du quatrième album des Daft Punk. Du moins pour ce qui concerne le premier semestre d’une année terne et morose, marquée par une récession générale en Europe et une météo détestable un peu partout (ça compte !). Rare lueur d’espoir à l’horizon, Random Access Memories, disque-lumière attendu par une cohorte de fans qui se chiffrent désormais en centaines de millions. Dans un climat politique et médiatique où rien ne va, le retour des hommes casqués sonne le chant de la révolte, l’hymne des gens qui en ont marre, comme disait Oxmo Puccino. Ce disque, la planète s’en délecte d’avance. Le rêve, l’idolâtre, le glorifie. Ce disque, les gens le souhaitent beau et divin, comme le fut Discovery en 2001. Random Access Memories, où la tentative de possibilité de chef-d’œuvre qu’évoquait Philippe Manœuvre. En 2013, les rock-stars se font rares mais existent encore. Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo sont des espèces menacées, et ne le savent que trop. RAM, ovni spatio-temporel.
En temps et en heure
Ce qui relie ces millions de gens aux deux robots depuis près de vingt ans, les Daft eux-mêmes ne peuvent s’en expliquer. Eux qui ont tout fait depuis leurs débuts pour rester anonymes et communiquer le moins possible. Il aura suffi d’un teaser de quinze secondes pour raviver une vieille flamme qui ne s’est jamais vraiment éteinte dans l’inconscient populaire. Malgré un troisième opus décevant (Human After All), malgré cette escapade cinématographique bancale (Tron). Pardonnerait-on tout aux Daft Punk, eux qui n’ont posé que quatre albums dans les bacs en seize ans ? Visiblement oui. Au jour d’aujourd’hui, alors que Random Access Memories n’est en vente que depuis quelques heures, le public a fait table rase du passé pour ne garder que le beau à l’esprit. Discovery, Veridis Quo, les années techno…
Des deux Parisiens, la masse a donc choisi de ne se souvenir que du meilleur. Daft Punk, le rêve inaccessible qui jamais ne finit. Ce que nous vivons aujourd’hui est historique. Rarement dans ma courte existence une œuvre n’aura suscité un tel intérêt à si grande échelle. À une époque où les biens culturels se consomment comme un mégot de cigarette, les Daft proposent de geler le temps l’espace d’un album qui, forcément, fera date. La messe est dite, le pari est gagné. Au-delà de la qualité présupposée - ou non - du disque, ses créateurs ont réussi à faire tourner la tête de tout un chacun. Puristes, amateurs, vieux de la vieille ou gérant d’auto-tamponneuse, tout le monde a désormais son mot à dire sur cet objet de culte. Étourdis par les premiers retours critiques annonçant le bouleversement de la pop-culture, pris dans ce raz-de-marée marketing insensé, tous nous sommes fait happer par les tentacules de Random Access Memories. L’engrenage médiatique sans doute, la théorie de la seringue hypodermique à coup sûr.
Punk ain’t dead
Jamais je ne pourrais oublier ce lundi 13 mai 2013, jour de la “fuite” de l’album sur le Net, et les heures de débats acharnés qui ont suivi. Entre potes mélomanes, essentiellement, jusqu’à vouloir tuer son voisin de palier pour cracher sa vérité à la face du monde. Avec du recul, ce disque aurait même pu briser des amitiés ou en créer de nouvelles. Puis les jours ont passé, les écoutes se sont succédé et les avis multipliés. Jusqu’à l’arrivée désagréable de cette sensation d’avoir été sali par un trop-plein de réactions qui finissent par travestir un propos que l’on pensait nôtre. Et comme l’on pouvait s’en douter, le grand déballage médiatique a eu lieu. Daft Punk par-ci, Daft Punk par-là, des Unes à gogo et des avalanches d’éloges. Mais la question reste en suspend : chef-d’œuvre ou pas chef-d’œuvre ? Comme souvent avec les albums de ce calibre, le débat a largement dépassé le cadre musical pour prendre une dimension sociale, voire politique. Le contexte le prouve aujourd’hui : l’aura des Français a surclassé leur musique, à tel point que les intéressés eux-mêmes ne sont pas en mesure de maîtriser l’euphorie qu’ils génèrent. En sortant Random Access Memories dans un contexte aussi favorable, Homem-Christo et Bangalter assurent leur succès pour les dix ou quinze années à venir, classique ou pas.
Une fois ce torrent de compliments digéré, il s’agissait de se reconcentrer sur l’essentiel, à savoir un disque, long de soixante-treize minutes, sorti par deux hommes pas tout à fait comme les autres. Si l’aura des robots a véritablement dépassé le strict cadre musical, alors RAM s’impose d’emblée comme un marqueur spatio-temporel qu’il conviendra de mentionner dans les livres. Au fond, que retiendra-t-on de cette sortie dans vingt ou trente ans, hormis cette liesse populaire qui en fait l’un des événements majeurs de l’année en cours ? Probablement peu de choses excepté le fait qu’un bien culturel peut également marquer son temps autrement que par ses qualités intrinsèques. Comme le mentionnait très justement Benoît Sabatier dans Technikart, “le sans frontières RAM n’est pas un disque tellement plus radical ou novateur que du Lady Gaga, Beyoncé ou Rihanna, mais un disque autrement moins moche et formaté, un album qui n’a pas peur du grandiose. Les français peuvent aujourd’hui prétendre incarner le retour d’un mainstream flamboyant”.
Et si c’était cela, justement, l’enjeu de ce quatrième album ? Se remettre à rêver de ces grands disques jamais oubliés, courus et adulés de par le monde dans un élan commun. Depuis leurs débuts, les Daft Punk ne cessent de le faire savoir, leur dessein ultime est celui-ci : marquer l’histoire, créer des œuvres définitives qui figent une époque et restent gravées dans la mémoire collective. Random Access Memories ne révolutionnera pas le son comme Homework ou Discovery, mais peut-être donne-t-il des éléments de réponse quant à notre façon d’aborder la musique à l’heure du tout numérique. Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, guidés par leur bonne étoile, ont choisi de faire entendre au monde entier une œuvre qui déstructure et expérimente, quitte à laisser une partie de leur public circonspect. L’éducation plutôt que la soumission, et l’opportunité de croire encore en l’existence d’une pop-culture digne d’intérêt.
- Morgan Henry -
@Esco






Suis-je le seul à ne trouver aucun intérêt à cet album ? Je n’accroche pas du tout avec ce 4ème album qui était pourtant tant attendu par beaucoup.
Suis-je seul sur terre ? Aidez moi !
super papier ! je m’attendais a une chronique et finalement vous faites mieux ! pour ma part ce n’est pas un chef d’oeuvre instantané, c’est le genre de CD qui aura du style et qui donnera de plus en plus envie avec le temps. en tout cas belle leçon de musique, ils sont toujours la ou on les attend pas nos petits frenchies, créent l’etonnement, positif ou negatif, mais les grands artistes sont toujours aimés et detestés, ce qui en fait des artistes complets !
@Repier : Non, rassure-toi, tu es loin d’être le seul déçu par ce disque. Pas mal de personnes sont dans ton cas et rien qu’au sein de la rédac le disque a divisé. Mais tu en sauras davantage sur nos avis dans la chronique de l’album qui arrive à la fin du mois
Sympa l’article! J’ai une petite question: Pourquoi Daft Punk est dans la parite « US side »? C’est parce qu’ils ont signé chez Columbia records?
@Kinaya : Merci ! Et non, simple soucis d’organisation. Vu que nous avions publié Grems la veille en FR Side, il s’agissait de laisser suffisamment de visibilité aux deux articles. Et puis Daft Punk en US Side, au fond, ça passe. Non ? :p