Coup de chaud sur les chros

Chroniques du mois - Juillet

Ace Hood - Trials & Tribulations (Cash Money, We The Best Music Group)

À 25 ans, le jeune Ace Hood poursuit sa route et publie cette année son quatrième effort Trials & Tribulations, le premier via le label Cash Money sur lequel il est signé depuis un peu plus d’un an. Pas vraiment d’innovation sur ce nouvel opus, porté par un manque d’originalité criant qui se faisait déjà sentir au fil des albums et qui atteint son paroxysme sur celui-ci, tant au niveau des thèmes abordés que des productions ; c’est d’ailleurs sans surprise que l’on retrouve aux manettes les producteurs sudistes The Renegades, Southside, TM88, Cardiak, StreetRunner… Redondant à souhait, Trials & Tribulations n’est ni plus ni moins qu’un concentré de Trap Music, la dernière mode chez nos amis rappeurs, de quoi ravir les fans du genre et lasser les autres. Malgré quelques featurings bien sentis (Anthony Hamilton, Betty Wright) et une aisance de plus en plus significative au mic de la part du MC originaire de Floride, le projet n’apporte finalement rien de nouveau après le réussi Blood, Sweat & Tears paru il y a deux ans. Si l’on devait retenir trois morceaux, il s’agirait de « Another Statistic« , « The Come Up » et « Hope« . Pour le reste, on repassera. - Rémy Paurion -

Alunageorge - Body Music (Universal Island Records)

Un nom à l’allure spatiale pour deux visages. Le duo Londonien composé de l’électronique George Reid et de la sensuelle Aluna Francis est l’une de ses surprises bienvenues d’Angleterre (aux côtés de Disclosure et consorts) qui continue d’instaurer les British comme versant innovant de la musique électronique. Quelques mois plus tôt, premier impact avec le Settle de Disclosure qui mixe tous les aspects du 2-step garage et de la house music pour les recracher en tracks délicieusement pop prêtent à faire chiller les go tout l’été; et qui on retrouve en survolant la tracklist ? Alunageorge invité sur l’hypnotique « White Noise ». C’est froid, sexy et assez méchamment dansant pour transformer toute une foule de vacanciers inerte en flashmob géant. Musicalement proche d’artistes comme Jessie Ware ou Santigold, Body Music occulte les breaks électroniques complexes pour mieux mettre en avant un hybride Dance/R&B presque impossible à déloger de l’esprit une fois écouté. - Vincent Vuillaume -

Ciara - Ciara (Epic Records)

Qu’elle semble loin l’époque où la naguère queen du crunk’n'b secouait ses baggys avec Petey Pablo, supplantée par le charisme tout relatif du Petit Jon. En 2013 Cici twerk avec Nicki et triture les tresses de Future : la recette idéale pour une mélasse pop indigeste à la banalité désolante. « Xème album » pour la belle et jamais elle n’aura paru si confirmé aux canons du genre. Dommage car les quelques rares moments d’éclaircie nous rappellent au bon souvenir d’une Ciara époque Goodies à la verve novatrice. - Nicolas Rogès -

David Lynch - The Big Dream (Sacred Bones Records)

Un cinéaste peut-il endosser l’habit du musicien ? La réponse est positive dans le cas de David Lynch. Accompagnées d’une voix plaintive, les ballades folk du second opus de Lynch ne semblent pas très esthétiques. On peut rechercher dans cette absence de grâce un reflet de l’œuvre cinématographique de son auteur, lui qui aime à exprimer en images les forces invisibles qui existent au plus profond de l’âme des êtres humains. Comme à l’aide de sa caméra, Lynch produit un esthétisme de la violence et le transpose dans sa musique en faisant coexister la sérénité de la folk et la frénésie de l’électronique. Un album réussi à conseiller aux puristes. - Marin Charvet -

À lire : Le rêve éveillé de David Lynch

Floorplan – Paradise (M-Plant)

Maquillé derrière son nouvel avatar Floorplan, le vieux Robert Hood, quarante-huit berges au compteur, papa de la techno made in Detroit devant l’éternel, revient claquer des gueules avec dix titres d’une puissance dingue. En une heure supersonique, toutes les influences de la Motor City (jazz, disco, funk, gospel) sont malaxées dans une tambouille minimale à la fois dansante et mélancolique (“Never Grow Old”, “Confess”). Symbole d’une ville qui meure - Detroit a demandé sa mise en faillite le 18 juillet dernier - Paradise est de ces disques qui vous martèlent le crâne et vous bousillent l’esprit de souvenirs. Moins d’un an après avoir mis en musique le documentaire “Requiem For Detroit” dans son Motor : Nighttime World 3, Robert Hood signe une énième déclaration d’amour à la ville qui l’a vu grandir. Floorplan, où le dernier grand trésor d’un paradis perdu. - Morgan Henry -

Jay-Z – Magna Carta… Holy Grail (Roc Nation)

Débarqué avec une équipe de producteurs Avengers dans un teaser d’un nouveau genre, Jay-Z a sorti son douzième album : Magna Carta… Holy Grail. Mais lorsqu’un artiste prend la décision de sortir un nouveau projet, il remet tout en question et accepte de se faire juger à nouveau, impossible de se cacher derrière une parfaite campagne de communication ou sa crédibilité, tout Jay-Z qu’on puisse être. Pour ce premier retour en solo depuis 2009 et The Blueprint 3, Jigga a du concocter sa recette artistique de l’après Watch the Throne. Une recette où le rappeur décide de compiler des instrumentaux saturés extrêmement contemporains (“Picasso Baby”, “Tom Ford”, “Beach Is Better”…) à d’autres aux hooks très 90’s (“F.U.T.W”, “Somewhere In America”). Un compromis qui fonctionne bien tout au long de ce disque. Malgré ses productions extrêmement soignées, Jay-Z et son flow ne ressortent pas suffisamment. Finalement, l’album s’écoute de manière agréable mais aucun morceau ne vient frapper violemment nos oreilles comme nous en avions l’habitude (outre “Picasso Baby”, “Beach Is Better”, “Tom Ford”). Pour cela, Shawn Carter aurait gagné à raccourcir sa tracklist, trop fleuve, afin de calibrer chirurgicalement son opus et supprimer ces trop longs moments de soupir. Comme un symbole, “Beach is Better” et ses 56 secondes est sûrement la track la plus surprenante de l’album. - Julien Bihan -

Maya Jane Coles – Comfort (I Am Me)

Élue neuvième meilleur DJ au monde en 2011, puis dixième en 2012 par le très influent site Resident Advisor, la Britannique Maya Jane Coles est en passe de devenir la reine incontestée des musiques électroniques. Attendu courant 2012, c’est finalement en plein été que nous parvient Comfort, son tout premier long format sorti sur le label qu’elle vient de créer, I Am Me. En bonne clubbeuse, Maya distille ça et là quelques perles deep-house dont elle a le secret (“Comfort”, “Easier To Hide”, “Burning Bright”) et se paye au passage une poignée d’invités de prestige (Tricky, Miss Kittin, Karin Park). Mais ce coup d’essai est avant tout marqué par un désir d’ouverture vers une électro-pop parfois trop édulcorée (“Everything”) et en décalage total avec le son de ses premiers maxis (“What They Say”, “Cool Down”). Comfort se présente alors comme une synthèse “clean version” de la carrière de Maya Jane Coles depuis 2010. La profondeur des débuts couplée au formatage de demain. - Morgan Henry –

Mayer Hawthorne - Where Does This Door Go (Republic Records)

Troisième opus pour l’ancien poulain de Stones Throw évoluant aujourd’hui sur Republic Records, succursale d’Universal après avoir signé chez le géant en 2011. Si Mayer Hawthorne semble avoir laissé de côté son personnage de soul-man contemporain, ce dernier n’en a pas pour autant négligé sa musique. Toujours aussi soigné, le travail du chanteur reste une nouvelle fois extrêmement classieux, la touche rétro en moins afin de laisser la place à des textures plus synthétiques. Un choix artistique qui se veut résolument placé dans le sens de l’évolution mais dont le résultat final reste cependant inégal. Entre mélodies bien senties et quelques facilités, Mayer Hawthorne a probablement voulu élargir son public et sa palette, au risque de perdre une partie de sa fanbase. Cet album sera certainement celui de la discorde. - Pierre-Jean Cléraux -

Pretty Lights - A Color Map of the Sun (8 Minutes 20 Seconds Records)

Avec un nom implicitement issu d’un concert de Pink Floyd, Pretty Lights constitue l’une des plus belles créations artistiques depuis The Wall. Artiste, producteur et label à lui tout seul Derek Vincent Smith illustre cette nouvelle génération de musiciens qui pensent et actent tout ce qu’ils font, des premières inspirations aux Community Management en passant par le merchandising. Tout est pensé en amont par un seul esprit, celui de Smith qui, à l’image des sculpteurs grecques d’antan, révèle plus de secrets dans son processus de création que dans ses œuvres. Au lieu de se plonger à nouveau dans des caisses de vinyles vintage à la recherche du sample qui tue, Smith a travaillé avec des dizaines de musiciens pendant près de deux ans pour créer une nouvelle musique, dans une variété de styles et de nuances encore rarement égalée. Electronica, glitch, IDM tout est foutu sans dessus-dessous pour placer l’auditeur à l’épicentre d’un maelström electro qui va se révéler essentiel pour lui à l’avenir. Comparer A Color Map of the Sun a un travail existant serait une perte de temps tellement son élaboration a demandé d’efforts et d’implication, il serait plus juste de l’instaurer en tant que référence à l’heure où un beat et un sample libre de droit peuvent potentiellement mener au succès. - Vincent Vuillaume -

Robin Thicke – Blurred Lines (Star Trak)

Plus fort que “Quand il pète il troue son slip”, “Blurred Lines” a embarqué le monde par son souffle d’air frais. Un morceau à la douceur acidulée qui a régalé les oreilles de chacun. Alors lorsque l’album sort et est baptisé du même nom que ce tube, on s’attend au meilleur. L’intérêt de ce nouveau projet est qu’il apporte une vision alternative du r’n’b entre celui extrêmement présent sur les ondes et un autre totalement déstructuré par Frank Ocean, The Weeknd et consorts. Une alternative datée où l’on se plait à écouter des morceaux qui nous rappellent des sonorités et qui coulent paisiblement track par track. Mais la question est la suivante : quelle est la place pour ce type de musique en 2013 ? Aucune, peut-être. En effet, Robin Thicke nous livre ce qu’il fait de mieux depuis ses débuts mais ne prend aucun risque à un moment où le r’n’b se caractérise artistiquement par la prise de risque. Un regret car Robin a la voix et le label (Star Trak avec Pharrell et Chad Hugo comme penseurs) pour s’inscrire dans cette rupture. - Julien Bihan -

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