Pourquoi foutent-ils tous le camp ?
Ces rappeurs français qui s’exportent
De Booba à Seth Gueko, nombreux sont les rappeurs français à avoir un pied à terre à l’étranger. Que ce soit les États-Unis, le Brésil ou la Thaïlande, ces derniers ne manquent pas d’imagination lorsqu’il s’agit de découvrir de nouvelles contrées, ces destinations ayant chacune leurs particularités témoignant d’une prise de position particulière. Mais que s’est-il passé pour que les principaux acteurs d’un mouvement particulièrement revendicateur vis-à-vis de son territoire décident subitement de foutre le camp ? Cela bénéficie-t-il à la notoriété du rap français à travers le monde ?
« En France, surtout dans les banlieues, quand tu réussis, on te crache dessus, on raye ta bagnole »
Métropole-clef de la Sun Belt, Miami constitue un autre lieu de séjour particulièrement apprécié de nos rappeurs. Symbole du melting-pot américain, la ville que l’on surnomme « La Porte des Amériques » constitue aussi le lieu le plus facile d’accès lorsqu’il s’agit d’émigrer aux États-Unis. Près de 70% des habitants de la ville parlent une autre langue que l’anglais lorsqu’ils sont en famille. Là-bas se côtoient Russes et Antillais comme se côtoient Booba et La Fouine. Culturellement parlant, c’est aussi là que se déroule le scénario du mythique Scarface, et c’est aussi une destination de fête qui n’a rien à envier à des Mykonos et Ibiza. C’est aussi une ville représentée par de nombreux artistes et autres vendeurs de disques tels que Rick Ross, Pitbull, DJ Khaled ou encore Flo Rida. Tout cela en fait le lieu idéal pour nos migrants : les studios d’enregistrement sont déjà sur place, l’intégration y est aisée et les quartiers francophones tels que Little Haiti font qu’ils ne sont pas trop dépaysés.
Faits notables : Booba feat. Gato & Philly Poe - Corner • TLF feat. Rohff - Pimp Ma Life • Rim’K - Miami
« Tu cherches tes fringues le matin, tu crois qu’on t’a tout piqué, ta meuf est juste partie les laver »
Représentant du rap de tous les excès et considéré comme l’alter-ego punchlineur de Jean-Marie Bigard, Seth Gueko remplit à merveille son rôle d’ambassadeur du culte français pour l’Asie du Sud. « Quand tu viens ici, t’as plus envie de rentrer. Ici les chauves ils ont des cheveux longs, les gros porcs ils ont des abdos » racontait-il à propos de la Thaïlande, où il passe maintenant la moitié de son temps. Le Royaume de Thaïlande est tout particulièrement ancré dans le cœur des occidentaux, et pour cause : en français la Thaï-land est « le pays des hommes libres ». Véritables havres de plaisir où le coût de la vie est bien inférieur au nôtre, Bangkok, Phuket et Pattaya représentent des destinations idéales lorsqu’il s’agit d’aller à la conquête de ses désirs inassouvis. « Ami voyageur, tu as choisi la Thaïlande, et tu as bien fait » racontait Benoît Poelvoorde de la plus horrible des façons lorsqu’il jouait encore son personnage de Monsieur Manatane.
Faits notables : 113 - Marginal • Booba - Maître Yoda • Seth Gueko - Patong City Gang
« Le voyage est un des meilleurs moyens pour lutter contre les stéréotypes de tous ordres »
Un peu plus au sud de Miami, on retrouve un autre repaire des rappeurs et rappeuses français. L’Amérique du Sud constitue un véritable refuge car ici nous sommes loin des artifices et des caméras, il s’agit de quitter la sphère médiatique pour rejoindre un cercle plus intimiste, et propice à l’écriture dite engagée. Terre de naissance du Che, on y retrouve des artistes tels que Rockin’ Squat et plus occasionnellement une certaine Keny Arkana, tout deux connus pour avoir fuit le star système à leur manière. Impossible de définir une ville en particulier, comme le dit Mathias Cassel : « J’ai vite compris que mon Brésil ne se limiterait pas qu’à Rio ». Une chose est sûre, c’est qu’en Americana Del Sur, il y a une vraie culture militante avec une jeunesse historiquement politisée. « En France ou en Italie c’est difficile, la jeunesse est beaucoup plus américanisée en fait. » racontait la rappeuse dont le père est originaire d’Argentine.
Faits notables : Keny Arkana - Vie d’artiste • Rockin’ Squat - France à Fric
« Il y a plein de rappeurs français qui te disent « le bled, le bled, le bled… »
… Mais est-ce que ces gens-là pensent au bled lorsqu’ils s’achètent Lamborghini et Porsche Cayenne ? » demandaient amèrement Mokobe et Fou Malade -rappeur sénégalais- lors d’une interview croisée autour de la relation entre les rappeurs français et l’Afrique. Mais culturellement parlant, ce serait insensé de ne pas retrouver certains acteurs de la scène rap réinvestir leurs bénéfices de l’autre côté de la Méditerranée. Précurseur du gangsta rap en France, autoproclamé le Scarface d’Afrique et porte-étendard du collectif Ghetto Fabulous Gang, Alpha 5.20 est le premier modèle solide de rappeur entrepreneur à la française. Distribuant autrefois ses disques à la sauvette sur les stands des marchés aux puces, il a aussi une présence dans le cinéma, et le textile. Originaire du Sénégal, il a stoppé sa carrière musicale après la sortie de Scarface d’Afrique afin de se consacrer entièrement à ses projets. On parle notamment de construction d’immeubles dans son pays natal. Retour aux sources pour l’un des rares à respecter ses engagements lorsqu’il s’agit de tirer un trait sur sa carrière.
Faits notables : Alpha 5.20 - Scarface d’Afrique • Youssoupha - Rap Franc CFA • 113 - Tonton du Bled
Du rap porteur de message au rap divertissement, il semble ne pas y avoir de limite géographique à l’exportation de la scène française. Le rap made in France est-il pour autant un mouvement international ? Ces artistes ont bel et bien su se trouver un public à l’étranger, en témoignent les différents concerts de Booba que ce soit en Thaïlande, au Québec ou encore la participation de Keny Arkana au plus gros festival hip-hop d’Amérique du Sud, Hip Hop Parque. Pourtant à l’image du concert de La Fouine à Miami le 25 janvier de l’année dernière, lorsque ces derniers se déplacent sur des scènes étrangères, dans la plupart des cas ils se retrouvent à se produire devant un public exclusivement composé de français expatriés. Le rap français est-il condamné à ne s’exporter qu’uniquement dans les pays francophones ? La réalité est que la culture française contemporaine est très bien représentée à l’étranger : Justice remplit les salles, C2C et Birdy Nam Nam sont invités à la Coachella, Woodkid réalise les clips des artistes américains les plus en vogue, Jean Dujardin remporte l’Oscar du meilleur acteur, les Intouchables se voient faire plus de vingt millions d’entrées à l’étranger. Pourtant, le rap français peine à trouver sa place. Où sont passés les leaders comme RZA pour mettre en avant des groupes tels que IAM ou le Saïan Supa Crew sur des projets internationaux ?
• Libération, Booba dégaine
• Rue 89, « Les rappeurs français ne sont pas solidaires avec l’Afrique »
• Le Tag Parfait, Seth Gueko : le cul c’est la vie
• Respect Mag, Le Brésil de Rockin’ Squat
• SFR Live Concerts, Keny Arkana et Trust même combat !
Je crois qu’en Amérique du sud il y a une culture militante, ce sont les dirigeants qui tuent leur propre peuple, depuis longtemps. Ce côté politisé à une histoire. En France ou en Italie c’est difficile, la jeunesse est beaucoup plus américanisée en fait.




