On vous en a trop dit
Arrêt au stand pour Drive
"Un chef-d'oeuvre intemporel, universel, inépuisable." CinemaTeaser
« Le plus beau film américain de la rentrée. » L’humanité
« [...] avec un style, une vitesse et une effronterie dont le cinéma n’avait pas retrouvé la jouissive formule depuis longtemps. » Libération
« Voici un film de genre brillant, un exercice de style réussi » Le Point
Drive de Nicolas Winding Refn mène à un constat assez perturbant. Il obtient le prix de la mise en scène à Cannes, il est encensé par la critique de Télérama à Télé 7 jours, il réussit la performance rarement égalée de mettre tout le monde d’accord au Masque Et La Plume, il atteint une note de 7,9 sur Senscritique, il est fièrement arboré sur les murs Facebook, les cinéphiles affirment avec fierté avoir déniché son réalisateur. Quand un événement fait autant l’unanimité deux dérives quasi inévitables peuvent vous gà¢cher le plaisir. Le trop grand consensus peut d’abord faire resurgir l’envie de se démarquer de la masse et ne pas aimer le film par écŒurement d’un tel enthousiasme. Puis un agacement peut s’emparer de vous à la vue des analyses qui soulèvent toujours et exactement les mêmes thèmes, rendant la réflexion sur l’Œuvre mécanique voire stérile. NeoBoto arrive après la bataille et tente de vous redonnez goà»t en les commentaires liés au film, avec légèreté.
« Dans une scène d’ascenseur appelée à devenir culte » Libération
Le terme « culte » se ballade sur à peu près toutes les plateformes lorsque l’on parle de Drive. Au lieu de n’en faire qu’une affirmation censée être courageuse mais devenu juste banale, voyons ce que cela révèle. Il ne suffisait que des effets stylistiques loin d’être les plus brillants du film comme le blouson en satin marqué d’un scorpion ou la police rose décalée du générique pour en faire une icône hipster. Cela fait cool de « surkiffer » l’Œuvre de Refn donc l’effet boule de neige n’est pas long à venir, le film devient mythique au point de trouver sur sa page fan un nombre incroyable d’affiches revisitées par des anonymes avec plus ou moins de talent. Un phénomène en effet digne des plus grands films cultes (Star Wars, Orange Mécanique, Le Seigneur Des Anneaux…). Au delà de la mini expo très agréable et pleine de créativité, on peut se demander si le phénomène sera durable lorsqu’il arrive si tôt après la sortie.
« Le réalisateur danois, très cinéphile, connaà®t ses classiques signés Michael Mann, Peter Yates ou Martin Scorsese, les réinterprète avec classe et adrénaline. » Le Figaroscope
Le deuxième élément le plus rabà¢ché est la place offerte aux références par le réalisateur dont la culture cinématographique semble ancrée dans les gènes. Tout le monde y va de son réalisateur le plus classe possible pour parler des influences dont se sert Drive. Le jeu avec le genre ou l’horizon d’attente du spectateur est effectivement très beau mais vous pouvez faire le choix de références moins pédantes en allant plus loin. Vous pouvez donc affirmer dans vos conversations mondaines que vous n’y voyez pas du David Cronenberg mais un simple Dexter Morgan. A partir de là , enchainez sur la relation entre séries et cinéma se nourrissant l’un de l’autre pour magnifier leurs genres respectifs ainsi que le bien que peut faire le mélange de la culture populaire avec une autre plus élitiste.
« Structuré par sa bande originale néo-eighties » Les Inrocks
Refn fait décidément tout (pourtant involontairement) pour s’attirer les faveurs d’un public en vogue. La participation du musicien électro français Kavinsky et son travail remarquable ainsi que l’intégration de chansons pop évoquant directement une certaine décennie du XXème siècle, déchaine de nouveau les foules. Heureusement ces choix n’ont pas l’air parfaits que sur le papier. La scène d’ouverture prenante au possible l’est en partie grà¢ce à une gestion du son époustouflante qui perdure tout le long du film. Que ce soit la bande originale ou les sons accentués, le tout atteint une très grande force tout le monde l’a vu ou ressenti. La beauté de la musique n’est valable que par rapport au silence. C’est surement ce qui donne le petit supplément d’à¢me à la bande son de Drive. Il y a autant un jeu avec le son qu’avec le silence. Le driver dont le nom est justement passé sous silence parle très peu et construit une relation amoureuse avec très peu de mots. Une tension est créée et se libère par la musique ou les bruits de moteur.
« Ryan Gosling, un jeune acteur canadien surdoué » Le Point
L’acteur principal offrant pourtant au spectateur un jeu brillant est victime d’un nombre de faits précis eux aussi offerts par les analystes. « Il ajoute de l’angélisme à la virilité habituelle de ce genre de héros » ou « il est partie de comédies romantiques telles The Notebook pour arriver prochainement dans un film de Georges Clooney » en font partie. Préférez parler d’acteurs américains décomplexés (Natalie Portman en est aussi un parfait exemple) qui alternent films d’auteurs et films commerciaux sans avoir l’impression de trahir quelques courant que ce soit chers aux étiquettes à la française.
Vous pouvez également vous adresser directement à l’intéressé qui parle de son personnage de façon passionnante en expliquant qu’il l’imaginait comme un homme qui a peur de devenir loup garou donc reste éloigné du genre humain pour ne pas faire de mal jusqu’à ce que son agressivité le dépasse.
« l’éruption de violence frappe en un éclair » L’Express
Ici encore la comparaison est de mise. La violence marque dans ce film, c’est incontestable, elle est esthétisée de manière innovante et ne se pose aucune censure. Mais à l’image de la scène de l’ascenseur, elle se positionne en opposition avec le sexe. Alors qu’il accompagne souvent la violence pour former un pack univers malsain que l’on apprécie particulièrement entre autre chez Tarantino, dans Drive la violence est aussi décomplexée que le sexe est pudique. La relation amoureuse entre les deux personnages atteint son apogée lors d’un baiser. Heureusement que ça n’est pas conforme à la réalité auquel cas notre espèce rejoindrait les pandas dans la voie de l’extinction. Ce déséquilibre des forces réussit à donner à un scénario simple une épaisseur nécessaire à l’envoutement ressenti en sortant de la salle de cinéma.
En guise de conclusion nous vous offrons l’anecdote la plus inutile et la plus reprise pour introduire notre sujet: « Le réalisateur de « Drive » ne sait pas conduire. » Metro. Ce sera tout.




