Trois spectateurs s'expriment sur le premier film de F. Beigbeder

“L’amour dure trois ans”, Beigbeder face au public

18 janvier 2012 . 3 commentaires
By Esco', in Featured, Urban culture

Mardi 3 janvier 2012, un invité de marque faisait escale sur les terres Bretonnes, et plus particulièrement dans la ville de Nantes, pour présenter, en avant-première, son tout premier long-métrage adapté du roman du même nom : “L’amour dure trois ans”. Ce soir-là, une partie de la rédaction de Neo Boto a fait le déplacement pour voir, en direct-live, le présentateur du Cercle nous faire son cinéma. Après une rapide séance de dédicasses au deuxième étage de la FNAC du coin, le rendez-vous était fixé à 20h15 pétantes au cinéma Gaumont, niché en plein cœur de la célèbre place du Commerce. La séance affiche complet, le public s’est déplacé en nombre – et parfois même de loin – pour assister, deux semaines avant les autres, à la projection de ce premier long du fameux cocaïnomane Parisien. Dans l’assemblée : beaucoup de jeunes, et étrangement, les couples sont de sortie (la plupart se sépareront après la séance…). Tapis sur nos imposants fauteuils rouges, nous attendons patiemment les derniers retardataires, en espérant tout de même que les lumières ne tardent pas trop à s’éteindre. 1h45 plus tard, alors que les spots sont à peine rallumés, un journaliste s’exclame : “Mesdames et Messieurs, veuillez accueillir Frédéric Beidbeder !”. Slim noir, veste de costard bleue marine, le menton proéminent et la barbe de dix jours, Fredo descend les longs escaliers sous un tonnerre d’applaudissements (bande de faux-cul !). Après une petite demie-heure d’interview et de débat avec le public, l’assemblée quitte la salle… et notre travaille commence. Dehors, alors qu’un infâme crachin Breton se charge de nous remettre les idées en place, trois personnes acceptent de nous donner leurs impressions sur cette première réalisation Beigbedienne.

- Si vous deviez donner cinq mots, cinq qualificatifs à chaud sur le film que vous venez de voir ?
Julie (22 ans, étudiante en L.E.A.) : Pour moi c’était divertissant, simple, agréable, assez banal et bon public
Adrien
(23 ans, étudiant en Droit public) : Drôle, long, prévisible et inégal
Brice
(23 ans, étudiant en Sciences politiques) : Superficiel, racoleur, léger, mal joué et sexy

- Qu’est ce qui vous a poussé à vous déplacer ici ce soir ?
Julie : C’est l’écrivain Beigbeder qui m’a fait me déplacer aujourd’hui car j’habite à une heure d’ici, je suis donc venue surtout pour lui. Je ne sais pas si j’y serais allée s’il n’avait pas été là car la bande-annonce ne m’attirait pas du tout
Adrien
: L’envie de découvrir le film car j’avais lu le livre et il m’avait plu. Et de “rencontrer” Beigbeder pour l’écouter nous parler du film
Brice
: Je pensais qu’il y aurait Louise Bourgoin, mais elle a fait faux bond à l’amour de sa vie…

- Gaspard Proust, dont on va beaucoup entendre parler avec la sortie de ce film, trouve là son premier grand rôle au cinéma. Quelles sont vos impressions sur son jeu, sur ce qu’il véhicule en tant qu’acteur ?
Julie : Quand j’ai lu le livre, je n’imaginais pas Marc Marronnier (le personnage principal Ndr) comme ça. Je l’imaginais beaucoup plus hard, plus dans l’extrême. Dans le film, il représente le bobo Parisien trop gentillet à mon goût. Mais je pense qu’il est comme ça dans la vraie vie, que son rôle est assez proche de sa personnalité. On accroche ou pas. Moi, je n’adhère pas trop
Adrien
: Je crois que c’est tout simplement son premier rôle. Je l’ai trouvé assez convaincant, peut-être plus en adéquation avec le personnage du livre que celui du film qui se veut assez optimiste alors que lui paraît plus pessimiste. Il est nonchalant, sans réel charisme, mais le personnage en a-t-il ?
Brice
: Je le trouve constamment à contretemps, il n’a aucun charisme, une vraie tête à claques. Il a l’air totalement absent et spectateur de sa vie, et donc du film

- Louise Bourgoin, amie du réalisateur, était-elle, selon vous, un bon choix pour interpréter Alice, cette fille volage et pleine de vie ?
J. : Je pense que oui. Elle représente bien Alice car elle a l’air toujours un peu folle et volage, mais justement ce n’est pas une personnalité que j’aime beaucoup, je trouve son personnage un peu grossier dans le sens où il est trop dans l’extrême pour être réel
A
: Je ne pense pas que ce soit le rôle le plus dur qu’elle ait eu à tourner. Je trouve qu’il correspond assez bien à l’image qu’on se fait d’elle, donc oui, je pense que c’est un bon choix
B.
: Son interprétation est réussie mais ce n’est pas une surprise, le rôle est formaté pour elle et elle reste dans le registre qu’on lui connait : cette fille volage, pleine de vie et un peu fofolle



- Avez-vous lu le roman de Frédéric Beigbeder sorti en 1997 ? Si oui, pensez-vous que son adaptation au cinéma est une réussite ?
J. : Oui j’ai lu le livre et il y a bien entendu quelques différences. On s’imagine toujours des personnages et les miens étaient un peu différents. Mais l’univers Parisien y est bien représenté
A
: Oui je l’ai lu il y a quelques temps. Le gros de l’histoire y est, donc sur ce point c’est bien. Il rajoute des choses qui n’y sont pas comme la satire sur le monde de l’édition qui est plutôt pas mal. Pour moi, c’est une comédie romantique peut-être un peu plus décalée. Je pense que le livre est plus drôle, moins optimiste, mais un peu d’optimisme ne fait pas de mal !
B.
: Non !

- Lors du débat, beaucoup de spectateurs ont fait allusion au “99 Francs” réalisé par Jan Kounen en 2007, qui était également l’adaptation d’un best-seller de Beigbeder. Voyez-vous également un lien entre les deux films ?
J. : C’est un peu le même univers oui : ambiance Parisienne et mondaine, mais “99 francs” allait beaucoup plus loin. C’était nettement plus barré, c’était un gros trip, tandis que tout le monde peut voir “L’amour dure trois ans”
A
: J’ai vu “99 Francs” de Jan Kounen. Pour le lien, vu que c’est le même auteur que les livres, il y a un grand côté pessimiste sur le sens de l’existence. On retrouve beaucoup de voix-off et le personnage principal parle à la caméra. Sinon, je ne vois pas d’autres liens
B.
: Il y a la base commune : l’univers de Beigbeder. C’est à dire un monde nombriliste, cynique et superficiel. Mais par Kounen, “99 francs” s’élevait et devenait humaniste, chose que ce film ne fait jamais. Le style est assez proche également, Beigbeder singeant assez clairement les effets de style de Kounen

- Tout à l’heure, Frédéric Beigbeder parlait de l’amour comme “d’une arnaque magnifique”. Avez-vous trouvé le film optimiste ou, au contraire, plutôt pessimiste ?
J. : Je l’ai trouvé plus pessimiste que le livre car ça montre en images que l’amour n’est pas éternel et l’image de fin est pessimiste selon moi. C’est un perpétuel retour au point de départ, le désir du début, l’amour et l’ennui
A
: Plutôt optimiste, le petit documentaire au sein du film, où des écrivains donnent leur avis sur le sujet confirme ce point de vue pour ma part. Ainsi que la vague à la toute fin du film. Malgré tout, il faut y croire et essayer, se lancer dans l’aventure, telle pourrait être la « morale » du film
B.
: Forcément optimiste étant donné qu’après une folle course dans un aéroport vue dans 150 bluettes américaines, les tourtereaux finissent ensemble. Et il est clairement dit que tomber amoureux rend heureux et est le but de toute vie, ce qui est plutôt optimiste

- Joeystarr, que l’on retrouve trois mois après “Polisse”, interprète le rôle du pote macho qui fini par tomber amoureux d’un surfeur blond langoureux. A-t-il définitivement la stature d’un grand acteur ?
J. : Oui, c’est sûr que c’est un bon acteur, même si je l’ai nettement préféré dans “Polisse”
A
: JoeyStarr a acquis le statut de bon acteur grâce à “Polisse”, pas avec ce film. Comme Louise Bourgoin, il n’a pas dû forcer son talent pour le faire. Je dois avouer que je n’aime pas trop la fin de son parcours dans ce film. D’une car son personnage ne finit pas comme ça dans le livre, et de deux car ça ressemble plus à un coup de pub pour générer du buzz
B.
: C’est déjà assez clairement un bon acteur dans ce qu’il sait faire, ce qui est déjà pas mal. Grand acteur c’est prématuré, il n’est encore qu’au début de sa carrière, il lui faut un “Tchao Pantin”

- On sent que F. Beigbeder a voulu donner de la fraicheur à son film et à ses personnages, notamment en expérimentant des effets de mise en scène (voix off, apartés). Ressent-on une “patte” Beigbeder dans “L’amour dure trois ans” ?
J. : Une patte je ne sais pas car c’est son premier film, mais le même univers que dans ses livres oui, c’est certain
A
: Je ne pense pas qu’il y ait une patte Beigbeder au cinéma. Jan Kounen a fait la même chose, et surement d’autres avant ou après lui. Il y a plutôt une patte beigbeder en littérature, les films reprenant son style d’écriture
B.
: Une patte Kounen comme je l’ai déjà dit. Mais il y a une patte Beigbeder dans le sens où c’est clairement un film de pubard, c’est à dire racoleur, putassier et fonctionnant au bon mot. Aucun fond, que du “m’as-tu-vu”

- Tout à l’heure, Beigbeder se disait anxieux à deux semaines de la sortie. Un pronostic pour le box-office ?
J. : C’est un film qui va plaire car il y a tous les ingrédients pour faire des entrées : amour, humour, intrigue. C’est vraiment un film bon public et beaucoup moins barré que « 99 Francs »
A
: Vu sa côte de popularité dans le monde médiatique et le buzz qui se crée autour de ce film, je dirais 1,5 millions d’entrées, ce qui serait un bon score je pense
B.
: Un bon petit succès mais pas un triomphe, le film étant sans doute trop Parisien et hype pour avoir les scores d’une grande comédie populaire. 1,9 millions !

- Pour finir, peut-on dire que cette entrée dans le septième art est réussie ?
J. : Je n’en attendais pas plus. Je suis ni déçue, ni contente. Les livres sont toujours meilleurs que les films, à mon avis…
A
: Réussie, oui et non. Je trouve le début du film bon, assez original, drôle. La fin est longue, prévisible et déjà vue. Donc pour moi c’est une entrée inégale dans le monde du septième art
B.
: Fiasco ! Arrête le cinéma Fredo !

3 Commentaires
  1. johnny got his warm gun. le 18 janvier 2012 à 20 h 31 min

    Les avis semblent converger

  2. Esco' le 18 janvier 2012 à 21 h 27 min

    En tout cas ça ne joue pas vraiment en sa faveur…

  3. JpKoff le 20 janvier 2012 à 15 h 52 min

    LEA, droit public et sciences po??? merci le panel UMP-friendly!!!!