Au cœur des films d'espionnage

RDA #6 – Möbius : Cocktails, bikinis et grosses voitures

1 mars 2013 . Pas de commentaire
By Esco', in Urban culture

Bon ok, le titre est trompeur. Des explosions, des grosses berlines, du martini et de la biatch par paquet de douze, c’est un peu à quoi se résume le quotidien d’agent secret au cinéma grâce à James Bond. Mais de tout ça, il n’en sera pas question ici. Tout comme il n’en est pas vraiment question dans Möbius. Vendu comme un film d’espionnage, le film d’Eric Rochant est surtout une belle et grande histoire d’amour entre Jean Dujardin et Cécile de France. On en voudra pas à Rochant, il a déjà réalisé le plus grand film français du genre il y a un petit moment avec Les Patriotes et son Möbius nous donne quand même une occasion de revenir sur l’espionnage au cinéma. Un genre chéri par le septième art, popularisé par Hitchcock et qui aura redoublé de vitalité et d’actualité dans les années 60 et 70 « grâce »  à la Guerre Froide et aux scandales éclaboussant la politique américaine. Petit zoom sur les secrets les mieux gardés du grand écran.

Conversation secrète, Francis Ford Coppola, 1974

Malgré sa Palme d’or en 1974, sans doute le joyau oublié de la carrière de Coppola. Une œuvre cryptique fascinante qui plonge directement dans un inconscient collectif américain encore traumatisé par l’assassinat de JFK. Un personnage principal spectral (démentiel Gene Hackman) spécialiste des filatures se retrouve malgré lui embarqué dans un complot qui le dépasse. Une œuvre baignant dans le spleen et le jazz, le symbole d’une Amérique perdue dans ses démons et qui ne sait plus en quoi croire. Comme Fenêtre sur cour ou Blow-Up avant lui, cette réflexion sur le voyeurisme en forme de puzzle inachevé se paie le luxe d’être une incroyable mise en abîme du cinéma et du pouvoir du metteur en scène, démiurge génial autant que pervers total.

 

Les Trois Jours du Condor, Sydney Pollack, 1975

Déjà bien amoché par l’assassinat de JFK et la névrose de la Guerre Froide, le pays de l’Oncle Sam se prend en plus en peine gueule le scandale du Watergate qui aboutira à la démission de son président Nixon en 1974. Moins diffus et abstrait que Conversation Secrète, le film de Pollack est avec A cause d’un assassinat de Pakula la réponse directe de Hollywood à la crise de confiance de la population envers ses dirigeants. Le film suit la fuite en avant d’un agent de la CIA (Robert Redford) qui échappe par miracle au massacre de son unité. Problème, plus il avance dans son enquête, plus il semble évident que c’est la CIA qui a commandité ces assassinats. Complètement paranoïaque, un classique du film d’espionnage et de la théorie du complot. Ne faites confiance à personne.

 

Les Patriotes, Eric Rochant, 1994

Une perle méconnue, l’œuvre qui a brisé la carrière d’Eric Rochant, alors petit prodige du cinéma hexagonal. Un four critique et public injuste pour ce qui est sans nul doute l’un des plus grands films français de ces dernières décennies. Ultra-documenté, réaliste, complexe, Les Patriotes suit le parcours d’Ariel (formidable Yvan Attal), jeune juif français qui plaque tout pour partir en Israël et devenir un agent secret du Mossad. Bien avant le Munich de Spielberg, Rochant questionne l’idéal patriote en nous montrant le quotidien atomisé de ces as de la manipulation qui ont abandonné toute valeur humaine pour la défense de leur cause. Une peinture désespérée de la profession qui épouse parfaitement le propos du dernier film de notre petite sélection.

 

La Taupe, Tomas Alfredson, 2011

Pour le film de la confirmation après la percée Morse, le suédois Tomas Alfredson décide d’adapter un roman du maître de l’espionnage, John Le Carré. Bien aidé par des acteurs tous impériaux (Tom Hardy, Gary Oldman, John Hurt, Mark Strong), La Taupe creuse en réalité bien plus loin que son intrigue alambiquée d’espionnage pendant la Guerre Froide ne le laisse penser. Naviguant entre trahisons, ressentiments et jeux de dupes en tous genres, le diamant d’Alfredson se révèle être une méditation mélancolique déchirante sur ces espions détruits par leur carrière. Amitiés déchues, amours perdus et perte des dernières illusions sur la condition humaine, tout y passe dans cette œuvre dépressive et déceptive jusqu’à la moelle. Le temps détruit tout.

Bonus track :

Rubicon, 2010

Une fois n’est pas coutume, varions un peu les plaisirs avec une série. Entre les triomphes de Breaking Bad, Mad Men ou encore The Walking Dead, AMC aura quand même réussi à se planter avec le bide de Rubicon, petite merveille annulée au bout d’une seule saison. Une série clairement influencée par le grand cinéma paranoïaque américain des années 70 que l’on a évoqué. Un petit génie analyste pour le gouvernement met à jour un complot qui implique ses supérieurs et une bonne partie du pouvoir politique et économique des États-Unis. Meurtre des proches, appartement sur écoute, filatures, tous les codes du genre y passent. Vous aussi, osez franchir le rubicon.

 

 

- Tranquillo Barnetta -

Möbius, d’Eric Rochant, en salle depuis le mercredi 27 février :


Aucun Commentaire