Raccord dans l'axe : Jeux vidéo et cinéma

RDA #3 – Jeux vidéo et cinéma : le Dollar c’est plus fort que toi

29 novembre 2012 . 3 commentaires
By Esco', in Urban culture

Ta Panta rei. Après un vingtième siècle marqué par la domination du cinéma, ces dernières années ont vu les revenus générés par l’industrie du jeu vidéo venir talonner ceux du 7ème art. Face à ce constat, rien de bien surprenant à voir les deux mastodontes de l’entertainment unir leurs forces sur l’autel du sacro-saint billet vert. Les grosses franchises hollywoodiennes passent systématiquement par la case console dans des portages manufacturés et souvent dénués d’âme tandis que le cinéma se plaît à adapter les principales licences vidéoludiques, ce qui nous intéresse ici.
Petit dernier de cette union prolifique, Silent Hill : Revelation 3D (oui ça rapporte plus de flouze de sortir un film en 3D) arrive à point nommé pour dresser un petit bilan de cette équation juteuse financièrement mais plus que brinquebalante artistiquement parlant. Portrait robot des suspects.

Le nanar culte : Super Mario Bros

On pourrait ajouter Mortal Kombat ou bien encore Street Fighter. Le ridicule ne tue pas, bien heureusement pour Christophe Lambert, Van Damme et Bob Hoskins qui auraient bien du souci à se faire dans le cas contraire. Scénarios ineptes, interprétations ubuesques, costumes ridicules, un cocktail gagnant qui nous donne des films déjà kitsch avant même d’être sortis. D’un autre côté, adapter des jeux de combat et de plate-forme reposant sur le gameplay en espérant un résultat convenable, il fallait oser. Grâce soit rendu aux instigateurs de ces actes de terrorisme pelliculé qui nous feront encore rire dans des décennies.

 

 

Le mauvais film : Resident Evil

Le destin de la grande majorité des films tirés de jeux vidéo. Tomb Raider, Doom, Max Payne… Malheureusement, les studios ont souvent la riche idée de confier leurs projets d’adaptation à leurs pires tâcherons : Paul W.S. Anderson, Simon West, John Moore, j’en passe et des meilleurs. Résultat : des œuvres qui s’éloignent de l’esprit d’origine en voulant toucher le grand public, des suites à n’en plus finir et surtout très peu d’idées et de moments de cinéma. Pauvres fans de Resident Evil, obligés de se fader une Milla Jovovich en roue libre cachetonnant devant la caméra de son petit ami dans une franchise qui n’en finit plus de s’enfoncer. Petite exception, Final Fantasy, les créatures de l’esprit. Un film totalement hors catégorie, pas mauvais en soi, mais qui n’a strictement rien à voir avec Final Fantasy si ce n’est le patronage de Square.

 

Le Uwe Boll Movie : Postal

Un film signé Uwe Boll, c’est à l’image de son créateur : tout un concept. Considéré comme le pire réalisateur du monde (une pétition a circulé sur le Net pour qu’il arrête le cinéma) et bête noire des critiques du monde entier (ce bon Uwe a même organisé un combat de boxe avec des journalistes un peu trop acides à son goût), Raging Boll s’est fait une spécialité des adaptations de jeux vidéo. Far Cry, BloodRayne, Alone in the Dark, House of the Dead, tout est passé à la moulinette de cet Ed Wood moderne. Surprise, le sommet de la carrière de ce joyeux luron, Postal, est presque un bon film et se révèle sans doute être la meilleure adaptation existante. Le but est simple : choquer le public au maximum. Pour ça, tout est bon : parler de religion, du 11 Septembre et prendre pour héros un quidam qui décide un matin de zigouiller tous les gens qui l’embêtent. Jouissif.

 

Le fantasme de gamer : Scott Pilgrim

Et oui, on triche ! Mais nul autre choix que de ruser un peu et de sortir des sentiers battus pour parler un peu de bons films. Ainsi, Scott Pilgrim représente une sorte de Graal pour tout gamer qui se respecte. Références à Half Life ou bien encore Super Mario dans les noms des héros, bruitages tirés de Sonic, T-Shirt renvoyant à Zelda, un soin maniaque est apporté par Edgar Wright à son hommage pour le monde du jeu vidéo. Une profession de foi qui se retrouve jusque dans la mise en scène et la construction scénaristique. Ecran gavé d’informations et d’incrustations (barre de vie ou points bonus) et un héros qui n’aura atteint son but qu’une fois de nombreux boss affrontés et vaincus. Tout était déjà dans le comics, mais Wright réussit haut la main sa déclaration d’amour à l’art qui aura tant bercé son enfance.

 

L’adaptation ultime : District 9

Et oui, on triche encore ! District 9 n’est évidemment pas un jeu vidéo, mais il est assez clairement l’adaptation officieuse de Halo sur grand écran. Le réalisateur Neil Blomkamp et son producteur Peter Jackson ont été attachés pendant des années au portage de la licence de Microsoft au cinéma. Manque de bol, Fox et Universal ont fini par tuer ce projet à force de conflits internes. Pas grave, on a eu District 9. Contexte de guérilla urbaine, look des aliens et surtout un climax en vue subjective nous montrant le héros mitrailler tout ce qui l’entoure, tout y est pour nous replonger dans l’univers du FPS phare de la Xbox. Allô maman, ici beau film.

 

 

On l’aura compris, le spectateur n’est pas le grand gagnant du mariage jeu vidéo/cinéma. L’adaptation toujours plus massive des œuvres vidéoludiques vers le grand écran permet aux studios de palier à leur déficit de créativité en recyclant des licences et des personnages déjà connus du public. Une équation souvent juteuse financièrement et économe en coût marketing mais qui se heurte logiquement à un mur sur le plan qualitatif. Les jeux sont basés sur l’interactivité et reposent souvent sur des concepts assez simples, l’histoire étant relayée au second plan par le gameplay. Des caractéristiques fort peu cinématographiques. Un constat que l’on peut faire avec le Silent Hill sorti en cette fin d’année 2012. Il semble impossible de faire un film à la mesure du jeu, monument déviant et morbide. Comment être aussi malsain qu’un jeu qui, par définition, implique le joueur dans sa descente aux enfers ? La question reste entière.
Uncharted, Gears of War, Splinter Cell, Deux Ex, les portages à venir sont légions. Avec, qui sait, peut-être une première vraie réussite à la clé.

- Tranquillo Barnetta -

3 Commentaires
  1. Cyril le 29 novembre 2012 à 20 h 25 min

    Sympa ton article Esco’ pour un sujet que tu ne connais pas des masses (?) C’est du côté d’Ubisoft qu’on aura peut-être quelque chose de potable avec Michael Fassbender pour Assassin’s Creed et Tom Hardy pour Splinter Cell. Mais il est vrai que les adaptations de jeu vidéo au ciné n’ont jamais fait bon ménage. Je retiendrais juste le premier Resident Evil qui est peut-être la meilleure adaptation à ce jour.

  2. Esco' le 30 novembre 2012 à 0 h 28 min

    Merci pour ton commentaire mon petit Cyril, mais il faudra davantage saluer le vrai auteur de l’article : Tranquillo Barnetta !

  3. Cyril le 1 décembre 2012 à 14 h 28 min

    Oui, bien vu Mr Barnetta pour l’article.
    Et dans mon commentaire, je ne voulais pas dire Resident Evil mais bien sûr Silent Hill premier du nom pour l’ambiance.