Neo Boto part à la découverte de l'Islam

Qui a aimé Les Arts De l’Islam au Louvre?

4 octobre 2012 . Pas de commentaire
By Arnaud, in Urban culture

Neo Boto n’est pas insensible à l’art et veut mettre toute la bonne volonté du monde pour s’y intéresser. Ça tombe bien c’est la rentrée et les expos fleurissent à mesure que les feuilles tombent. Nous avons commencé par un gros morceau : l’ouverture du département des Arts de l’Islam dans ce petit musée de quartier qu’est le Louvre. Symbolisme, politique, travail de longue haleine, stéréotype et ouverture d’esprit sont quelques exemples d’associations d’idées qui fusionnent entre médias, intellectuels et visiteurs lambda. Deux jeunes envoyés spéciaux se sont rendus sur place parce qu’on a voulu appliquer le classique « on n’est jamais mieux servis que par soi-même » mais aussi « pas de respect pour les stagiaires ».

Normalement en se rendant au Louvre on peut légitimement s’attendre à de la qualité : résidence principale de la Joconde depuis 1945, la Vénus de Milo en hôtesse d’accueil, c’est un peu le label rouge de la culture en salle. Nous sommes pourtant tous traumatisés par quelques souvenirs scolaires de visites guidées évoquant une chronologie inconnue et faisant passer la pilule avec des jeux sur des peintres italiens bien moins amusants que ceux de Dora.
Alors impossible de mentir c’est plutôt ce dernier sentiment qui resurgit au premier contact avec le nouveau département des Arts de l’Islam. Des textes vous attendent tout plein d’énumérations de dynasties ou de califats aux noms mystérieux desquels on a du mal à extraire une clé de lecture pour l’exposition. On vous lâche donc sauvagement entre tapis, jars, théières et morceaux de carrelage au point de se demander si vous n’avez pas traversé par accident une faille spatio-temporelle vous ayant transportés dans une brocante de quartier.
La première impression n’est pas à l’enthousiasme. Dommage lorsque l’on sait ce que représente cette volonté inébranlable de donner « la place qu’elle mérite » (dixit le directeur du Louvre Henri Loyrette) à la culture qui évoque des mots comme « Islam », « Arabe », « Musulman » porteurs de peur et d’intolérance dans notre société. Vous verrez alors successivement les noms de Chirac, Sarkozy et Hollande comme gage d’engagement de notre pays vis-à-vis d’une civilisation qu’il faut respecter. La volonté politique de bien faire n’écraserait-elle pas l’intérêt pour l’aspect artistique objectif de tous ces objets ?

 

Une dizaine d’années de travail pour mettre sur pied une telle exposition ne pouvait pourtant pas être dénigrée si rapidement par deux amateurs. Des recherches ont donc été poursuivies de l’autre côté de la Seine à l’Institut du Monde Arabe, une institution qui semble spécialisée dans ce sujet épineux. Il faut monter au 7ème étage de ce grand bâtiment à l’esthétique « orientale » pour accéder au musée : une exposition permanente qui préfère l’approche thématique à la chronologique et qui lie les évènements passés à ceux du présent.
Les pots, tapis et autres vieilles pierres sont confrontées à quelques pièces d’art contemporain qui s’intéressent au passé. Une atmosphère plus intimiste permet d’apprécier des enceintes murmurer de la poésie en arabe dans une toute autre ambiance que celle émise par les hordes de visiteurs producteurs de brouhaha dans le bâtiment à la Pyramide.
C’est surtout au cœur de ce lieu qui réfléchit à la façon de transmettre la culture de la civilisation arabe depuis la sortie de Windows 2 que tout s’éclaire. L’un des panneaux explicatifs stipule que dans l’art islamique il n’y a aucune distinction entre l’artiste et l’artisan. D’où un « ahhhhhhh » soulagé de nos acolytes, la beauté artistique s’inscrit donc automatiquement non pas sur des toiles mais sur tous les objets du quotidien.

 

Pour plus d’informations n’hésitez pas à vous en remettre à la gentillesse de M. Kouider Medjadji de l’IMA que l’on a tenté on l’avoue de faire cracher sur une exposition que l’on pensait concurrente…

Vous n’avez pas l’impression qu’avec l’exposition Des arts de l’Islam vous vous faites doubler par le Louvre alors que vous avez plus d’expérience?

Non ! Nos expositions sont trop différentes pour le penser comme ça. C’est un plus ! Il est trop tôt pour le voir mais l’intérêt du public pour le sujet va forcément nous profiter et nous apporter des visiteurs. J’étais très content quand j’ai appris que le projet allait se concrétiser.

Quelle est selon vous la différence entre les deux expositions?

Leur collection est très impressionnante il ne faut pas l’oublier, ayant des partenariats depuis bien plus longtemps que l’exposition avec tous les pays arabes, il peuvent en quelque sorte se servir comme ils le souhaitent ! Et ils utilisent cette richesse pour de la présentation, notre approche est plus thématique, plus poussée. C’est parce que nous avons derrière nous un grand nombre d’expositions temporaires qui explorent la culture arabe dans tous ses recoins sans aucun tabous.
C’est pour ça que nos deux institutions se complètent plutôt que ne s’opposent, le Louvre offre un premier contact explicatif et nous poussons la réflexion de façon plus diversifiée.

Lorsque l’on parle d’un sujet aussi sensible que celui-ci tout est affaire de définitions souvent incomprises par beaucoup d’entre nous…

Oui tout à fait. Il ne faut pas confondre Islam et civilisation arabe par exemple, ce qui est dommage c’est que certaines personnalités affiliées à ce genre de projet ne sont pas claires avec tous ces mots, ils évitent les questions lorsqu’on essaye de les faire parler de définitions.
Nous traitions aussi les Arts de l’Islam et depuis février nous avons entièrement refait le musée pour une approche plus civilisationelle de laquelle on n’exclut ni le judaïsme ni le catholicisme. C’est de l’identité arabe dont on parle si l’on veut parler de l’Islam il faudrait aussi parler de l’art en Inde ou en Indonésie où la proportions de musulmans est tout aussi importante.

Il faut donc faire quelques crochets pour réellement apprécier cette exposition titanesque. C’est après une deuxième confrontation au meltingpot pot de la file d’attente, à la fouille de sac à dos et au troupeau qui prend le même chemin que vous pour aller voir la pote de De Vinci que l’on comprend la beauté de la collection. Allez au-delà des explications un peu soporifiques et regardez attentivement ces objets magnifiques renfermant jalousement un art à l’identité forte qui vous donneront  envie de devenir calife à la place du calife.
Nos deux envoyés spéciaux sont bien contents mais les milliers de visiteurs journaliers du Louvre n’ont certainement pas tous des supérieurs tyranniques pour les forcer à aller au bout de l’investigation. On craint donc que derrière de très bonnes intentions, on embrouille encore les bons citoyens français (et étrangers) qui ne demandent qu’à comprendre une culture au centre de l’actualité.


Aucun Commentaire