Un espace à part, franchement déroutant.

La course de MUSE contre son passé

MUSE_header A l’image de cet album qui nous renvoie à la gueule toute l’histoire du rock anglais, ce papier prend racine à l’époque où le babtou B-Rabbit s’illustre sur 8 Mile et où le « Scientist » de Coldplay n’était pas encore livré avec un mouchoir de poche. Un premier impact auditif,  »New Born ». Une avalanche de distorsions précédée d’un clavier idyllique tout droit sorti du ventre de la Terre. Quatre lettres, MUSE. Une pure explosion musicale qui annonçait un collectif en pleine ascension. 3 WASP qui n’allaient pas tarder à être comparés à tous ceux qui avaient façonné la culture musicale anglaise avant eux. Sorte d’hydre aux multiples visages qui regrouperait tout ce que le bastion British a pondu de plus culte ces 30 dernières années. Mais sont-ils à la hauteur de cet héritage ?

muse_course_passe_1Et après les stades ?

L’avenir de Muse est florissant. A chaque nouvel album la foule s’agrandit, jusqu’à ce que la limite devienne imperceptible. Quel endroit assez grand pourrait les contenir aujourd’hui… l’espace ? Pas si con comme idée quand on sait que c’est un terrain connu qui revient souvent dans les lectures de l’ami Bellamy. En interview il a l’habitude de balancer plein d’anecdotes et d’idées un peu douteuses sur le sujet, mélangeant théories, complot et conspiration, suivis d’un rire avalé, aigu et bizarre, comparable à un chien essayant de ne pas vomir après avoir essayé d’expliquer l’existence des extraterrestres. Un vrai personnage donc, fanatique et irritant, qui laisse tomber son masque quand il s’apprête à poser ses doigts sur le clavier. Avec une fan-base complètement dévouée à ce trio de tête instoppable, ce qui est sûr, c’est qu’ils auraient pu multiplier les conversations pourries et les anecdotes banales et on aurait quand même payé pour voir en live un semblant de rock expérimental «mainstream».

Ne nous voilons pas la face, le groupe est passé par toute les grandes étapes qui construisent la «maturité», et la seule tâche qui aurait pu ternir leur bonheur ne pouvait venir que d’eux. Et c’est ce qu’il s’est passé. Fini les hoodies noir et les atmosphères sombres d’une adolescence sans but dans leur trou natal qu’est Teignmouth. Au grand dam des fans de la première heure, exacerbés que leur bien-aimé trio préfère tenir compagnie aux Spice Girls et à Maroon 5 plutôt qu’aux titans vieillissant de rock.

Telle une troupe de fidèles aux services de sa majesté, de l’extérieur MUSE a tout de la British army : Un dictateur, Matthew Bellamy qui pense, interprète et vit sa musique comme il la rêve (ce qu’on pourrait lui reprocher quand ses songes sous naphtaline plongent l’auditeur dans une apnée du sommeil totale); un artificier, Dominic Howard drummer presque trop carré pour n’être qu’un simple humain; et un pion, Christopher Wolstenholme bassiste au doigté érotique mais au charisme hypothétique. Une combinaison gagnante donc qui a pris soin de dépoussiérer tous ses vieux vinyles pour puiser l’inspiration autre part que dans les stades.

On les avait quittés sur Resistance et la grandiloquente branlette collective de la tournée H.A.A.R.P, on les retrouve aujourd’hui en première ligne des Jeux Olympiques de Londres, c’est à croire qu’ils sont définitivement pris dans les filets de l’événementiel et son lot de performances, certes mémorables mais où le rapport au public est réduit à l’état gazeux, rejeté ensuite sous forme de fumigène à une foule compact et déshumanisée.

The 2nd Lawmuse_course_passe_2

On arrive dans un espace à part, franchement déroutant, où des blocs de sons incongrus, épais et rapides sont jetés à la gueule de l’auditeur. Ça rentre direct dans la tronche, la gratte mutée, et la grosse caisse font le reste. L’intro est telle que l’on croirait presque entendre la décroissance de «Citizen Erazed» soutenu par les battements de cœur du «Kashmir» de Led Zeppelin. La redescente est quasi instantanée sur les couplets qui font voyager un orchestre symphonique sur la lancinante voix de Matthew Bellamy.

Et dès lors que résonnent les breaks silencieux de «Madness», c’est la coupure qui met mal à l’aise, le rideau se baisse sur la folie qui a précédé. On a presque l’impression de revenir quelques années en arrière, sur Showbiz, quand Matthew laissait aller ses doigts sur le clavier de «Sunburn» pour nous gémir sa mélodie à la gueule.

muse_course_passe_3Un blind-test de 13 tracks

Ensuite ça s’enchaîne (on est trop tentés par l’édito fait-en-2-2 style Inrockuptibles pour y résister) Queen, U2, Radiohead, Pink Floyd, Mike Oldfield, Georges Mickaels, Porcupine Tree et on peut même citer l’ex-emo Skrillex avec son brostep directement inspiré de la dubstep britannique.

Vous avez toujours voulu savoir ce que les hymnes de stade à la U2, la pop disco fin eighties de Pet Shop Boys et le brostep de Skrillex pouvaient donner dans une soirée poppers ? Muse semblait bien parti pourtant sur «Follow Me» (dédié au fils de Matthew), mais il semblerait qu’ils en ont clairement eu marre et qu’ils ont décidé d’impulser (bâcler ?) le truc avec de bon gros wobble-drop type electro clubbing (on imagine l’épreuve pour le gamin).

Que diriez-vous ensuite d’un bon slap funky façon Queen soutenu par le coté acid house de New Order ? Faites vous un kiffe sur«Panic Stations». Les échos sur la voix feront, c’est sûr, ressurgir votre côté cuir-moustache Mercury. On frôle presque le plagiat sur«Big Freeze» où la gratte de Matthew résonne clairement comme un clone de « With or Without You » avorté par un Bono en manque de lumière.

«Explorers» est un bon titre mais les paroles de «Invincible» sur une version lyriquement paresseuse de «United States Of Eurasia»… Ce n’est plus un album, c’est une série de TOC.

Et merde, ils ont voulu s’approprier de nouveaux genres musicaux si négligemment qu’ils sont (encore) en train de refaire leurs propres chansons sans s’en rendre compte.

Le tout parsemé de bribes de bruits d’émeutes et de bulletins d’info parasités juste pour nous rappeler la misère du monde. Muse a toujours drainé un message universel contre les crimes de l’Homme, même quand l’Homme lui permet d’être l’hymne de toute une nation gouvernée par la CITY. Alors au-delà de l’esprit humanitaire à 2£, on pourrait vite se laisser aller à croire qu’ils traitent des maux imminents du monde en pensant directement aux cinéastes d’Hollywood pour faire de bonnes grosses explosions et des effets sympas pendant leurs lives.

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Muse est un groupe commercial depuis longtemps, ce n’est plus un secret. Mais est-ce une raison pour s’essayer à tous les styles au risque de rendre encore plus opaque un univers impalpable ? Les spectres des monstres du rock anglais hantent cet album, les plus nostalgiques pourront l’apprécier à sa juste valeur mais grinceront probablement des dents au premier wobble, tandis que les autres continueront de pestiférer sur ce qui aurait pu être un excellent projet. On ne pourra pas reprocher au collectif d’avoir essayé d’amener une nouvelle dimension à son monde déjà bien rempli, mais Muse poursuit sa transformation permanente qui fait sa spécialité : se renouveler encore et encore, pour sa propre survie.

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