Un zombie revenu des 80's, mordu de caisses crée sa propre B.O.

Kavinsky, les 80′s réincarnées

28 février 2013 . Pas de commentaire
By crazyhorus, in FR Side

Vincent Belorgey ? Bon c’est vrai qu’à première vue, cela n’évoque pas grand chose mais pourtant Vinco comme l’appelle son entourage est loin d’être un joueur de clarinette passionné de R5. En réalité, il s’agit de tout le contraire. S’il fallait décrire Kavinsky en quelques mots, nous pourrions dire qu’il est une sorte de geek mélomane je-m’en-foutiste mordu de belles caisses et acteur intermittent. Car rien ne prédestinait vraiment Kavinsky à la musique et encore moins à ce que cet homme au teint blafard se paye le luxe d’un titre qui dépasse de loin le cadre strictement hexagonal. Après une poignée d’EP et la construction d’un personnage à la fois énigmatique et délibérément cool, Kavinsky s’apprête enfin à lâcher son premier album au titre évocateur Outrun. Voici le portrait d’un type resté délibérément bloqué dans les 80′s.

X-Or ou le piano ?

A l’instar de Daft Punk, Kavinsky s’est très vite employé à éviter d’afficher sa petite gueule sur les covers de ses EP. Pas vraiment à l’aise, son image ne semblait pas très raccord avec ce qu’il désirait renvoyer, l’ancien p’tit gars du 93 a très vite saisi l’utilité du masque. En créant de toute pièce un personnage revenu d’entre les morts au volant de sa Ferrari Testarossa, Kavinsky hante depuis 2006 les périphs musicaux sur fond de nappes de synthé implacables. Ces mêmes arpèges denses qui quelques années plus tard viendront couvrir l’assassinat d’un flic dans le clip de « Protovision », dernière réalisation en date et annonciatrice d’un album qui commençait à se faire désirer. Une attente qui depuis le succès du film Drive et celui du single « Nightcall », n’a cessé de monter crescendo et qui a permis au zombie Kavinsky de dépasser le stade de la curiosité ponctuelle. Avec son esthétique 80′s, sa puissance sonore proche du moteur V12 ainsi que son imaginaire visuel issu d’une passion réelle pour les comics (qu’il partage avec Anthony Touzet qui l’aidera à modéliser), le personnage prend une dimension fascinante propre à susciter l’appétit de centaines de freaks en mal de sensations.

Pourtant rien ne semblait réellement présager ce qu’il est devenu aujourd’hui. Branleur invétéré ou geek à plein temps, ses premiers pas dans la musique se sont soldés par une déconvenue mémorable au grand dam de sa mère désolée de voir son fils fondre pour le générique d’X-Or plutôt que pour la « Lettre à Elise » de Beethov’ : « Vers dix ans ma mère en a eu marre et m’a dit « tiens je t’ai inscrit au piano » sans m’avoir demandé. [...] Quand t’as dix ans t’as rien à dire, t’y vas. Seulement c’était le mercredi je crois et c’était pendant X-Or. [...] Je crois que j’ai tenu six mois et j’ai arrêté. J’ai dit à ma mère « ce sera X-Or !* ». Mais rien n’est perdu. Sa rencontre avec la production viendra plus tard avec la rencontre de Mr Oizo qui lui fournira quelques rudiments et du matériel (dont un Power Mac G4 avec le logiciel Logic Audio) afin de se familiariser avec les boites à rythmes et l’informatique. Si dans sa bouche l’expérience fut pour le moins laborieuse, le résultat de ces « quelques merdes » accomplies a fini par le convaincre d’insister. Car Kavinsky - comme il aime à le rappeler – est une sorte d’éponge qui s’imprègne de tout ce qui l’entoure mais dont le sel se trouve dans les années 1980.

Kavinsky est une sorte d’éponge qui s’imprègne de tout ce qui l’entoure mais dont le sel se trouve dans les années 1980

L’héritage des 80′s

« Testarossa », « Nightcall », « Roadgame » ou encore « ProtoVision », tous ont en commun une esthétique proche des productions analogiques telles qu’on pouvait les entendre dans les années 1980 et plus particulièrement dans les compositions de thèmes et génériques de Glen Larson et Stu Phillips (K2000), Tangerine Dream (Tonnerre Mécanique), Sylester Levay (Supercopter) ou encore Jan Hammer (Deux Flics à Miami). Bien qu’ayant une influence mineure sur sa musique, ces productions sont un marqueur stylistique d’une époque où le son analogique faisait fureur et où le synthétiseur sourdait allègrement ses vapeurs froides dans ce grand bouillon musical. Coté influences directes en revanche, Kavinsky avoue avoir toujours lorgné d’un œil séduit les bandes originales du groupe italien Goblin (Zombie, Phenomena) et de Giorgio Moroder (Midnight Express, Scarface) pour les ambiances étranges et les textures glaciales. Au passage, son deuxième EP ne s’intitulait-il pas 1986 ? En évoquant cette décennie, Vinco renvoie à la fois à une imagerie infantile, celle des Goonies, de Retour vers le futur, des Gremlins et à un bestiaire musical composé de figures mythiques comme Boogie Down Production, The Beastie Boys ou Big Daddy Kane. Car avant tout, Kavinsky est un passionné de culture hip-hop depuis l’age où il signait sur quelques trains le pseudo « Strike » au sein du crew TCS. Aujourd’hui si sa musique fait plus la part belle à un electro instrumental, ce dernier n’hésite pas à tenter le cross-over comme l’atteste la présence d’Havoc sur le morceau « Suburbia », sorte d’electro rap massif calibré pour les pointes nocturnes. Kavinsky a d’ailleurs ceci en commun avec certains beatmakers, sa musique est taillée pour la route où se mêle parfois cet étrange désir d’absolu.

La famille Ed Banger

Signé sur Record Makers, le label de Marc Tessier Ducros (Sébastien Tellier, Klub des Loosers, Arpanet…) Kavinsky aurait tout aussi pu faire partie de la famille Ed Banger tant les sonorités sont voisines. Si Pedro Winter ne tarit pas d’éloges à son sujet, notre homme possède plusieurs atomes crochus avec certains artistes comme Mr Oizo, So Me (dont il partagera pendant un an l’appartement avec Xavier et Gaspard du duo Justice) et bien sûr SebastiAn : « Si on jouait la Soupe aux Choux, Vinco serait Louis de Funès et moi Jean Carmet. Lui en fait des tonnes et moi je le regarde en rigolant. Ça fait six ou sept ans que je me marre comme un con à ses blagues. Je ne me lasse pas** ». C’est d’ailleurs avec ce dernier que Kavinsky a le plus collaboré tout au long de ses projets jusqu’à Outrun où ils se partagent la production de cette bande originale sans film mais dont le but recherché est d’installer un climat cinématographique comme l’atteste SebastiAn : « au final son album colle à son personnage, c’est une bande originale qui marche parfaitement. On dirait la bibliographie de Stephen King mise en musique** ». Reste à savoir si l’étape suivante consistera dans la mise en image d’une musique qui gagnerait en impact visuel.

* Interview pour French Touch en 2008
** Interview pour Snatch en février-mars 2012

À écouter :

KavinskyOutrun (Record Makers, 2013)

- Pierre-Jean Cléraux -
@ HHnyoudontstop

Aucun Commentaire