Habemus Abrams

J.J. Abrams, superstar

19 juin 2013 . Un commentaire
By Marin, in Urban culture

JJ Abrams par-ci, JJ Abrams par-là… Ces derniers temps, le nom du créateur de Lost revient sans arrêt dans la plupart des médias. Omniprésent sur petit et grand écran. À croire qu’un complot intergalactique digne de celui mis en scène dans le dernier Star Trek soit à l’origine de la mainmise du réalisateur sur l’industrie du divertissement. Il est en effet difficile de comprendre le choix de Disney de confier à un homme à la carrière relativement courte les rênes du septième Star Wars. Mais ce serait néanmoins oublier que J.J. Abrams dispose d’une crédibilité à toute épreuve. Presque partout où il est passé, le réalisateur-scénariste-producteur a réussi. Dissection de la carrière d’un ado geek fan de Spielberg qui devint en une décennie l’un des meilleurs espoirs du blockbuster de science-fiction américain.

Un self-made man à l’américaine

Aux États-Unis, pléthore de moyens sera toujours offerte à qui prouve son habileté et son talent. J.J. Abrams est à ce titre un personnage parfaitement représentatif du rêve américain. Dans son ascension au sein de l’industrie culturelle, il eut la chance de posséder deux avantages de taille : un talent précoce et une polyvalence extrême. À 14 ans, le jeune new-yorkais réalise son premier film en Super 8 et est remarqué par la productrice de Steven Spielberg. Il ressuscitera d’ailleurs les souvenirs de son adolescence dans le film Super 8, doté d’un budget de… cinquante millions de dollars. Loin de l’amateurisme de ses débuts, loin des films 8mm. Paradoxal, mais pas vraiment lorsque l’on connaît les conséquences de chaque success story à l’américaine digne de ce nom. Le budget de Super 8 (son troisième film, sorti en 2011) est d’ailleurs le plus petit avec lequel il ait travaillé à ce jour pour un long-métrage. Une anecdote qui nous rappelle le poids de l’industrie américaine sur le cinéma. En comparaison, le Graal du cinéma français en terme de budget (Astérix Aux Jeux Olympiques) disposait de soixante-dix-huit millions d’euros, pour le succès qu’on lui connaît.

Son talent précoce mis à part, J.J. Abrams est un hyperactif polyvalent et multitâche, travailleur acharné qui empile les projets depuis une quinzaine d’années. Avant de réaliser ses longs-métrages (Mission Impossible 3, Star Trek, Super 8, Star Trek : Into Darkness), il fait ses premières armes en tant que réalisateur-scénariste. À ce titre, ses plus grandes réussites se feront sur petit écran. Le succès de Lost, précurseur des drama qui saturent aujourd’hui les sites de streaming et de peer-to-peer, aurait même tendance à nous faire oublier qu’un peu plus tôt, il avait créé Alias et rendu célèbre Jennifer Garner. Avant même de réaliser son premier film (Mission Impossible 3, 2006), J.J. Abrams disposait donc d’une crédibilité absolue. Au point que chacune de ses nouvelles créations pour la télévision engendre une grande attente avant même leur diffusion : aujourd’hui, il est surtout connu pour être le créateur de Fringe et le producteur de Revolution. Scénariste, réalisateur, mais aussi producteur, donc, et notamment de Cloverfield, long-métrage qu’il avait imaginé avant de le confier à son ami Matt Reeves.

J.J. Abrams, entre classicisme et innovation

Paradoxe habituel du dogme américain de la réussite : J.J. Abrams a t-il du talent ou n’est-il qu’un privilégié de l’industrie, avec ses stars et ses millions ? Réponse toute aussi paradoxale : l’un et l’autre. Plus que par la qualification d’artiste, c’est plutôt par un rôle de maître artisan du divertissement que l’on peut véritablement le définir. Robert Bresson – réalisateur français des années 50 et 60 – disait qu’un cinéaste devait « rapprocher les choses qui n’ont encore jamais été rapprochées et ne semblaient pas prédisposées à l’être ». Et c’est ce rôle de magicien, d’amuseur public, que J.J. Abrams a consciemment et délibérément choisi. La matière-même de ses séries, comme de son cinéma, sont les pitchs extraordinaires et les retournements de situation. La recette du succès est simple : il faut montrer au public ce qu’il n’a encore jamais vu. Les rebondissements de Lost conclus à chaque épisode par un écran noir soudain et une musique oppressante; cette scène de Star Trek : Into Darkness montrant le crash d’un vaisseau gigantesque sur le Londres du vingt-quatrième siècle. Et d’autres scènes époustouflantes qui nécessitent un budget colossal. Mais encore une fois, les producteurs n’ont aucun problème à aligner les millions : J.J. Abrams se repose sur son énorme crédibilité. En ce qui le concerne, faire des films n’est même plus un pari risqué : il les produit ou les co-produit lui-même via sa société Bad Robot.

Aujourd’hui, J.J. Abrams a choisi de passer de la série au blockbuster; mais pas n’importe lequel : le blockbuster de haut rang. L’action et la science-fiction pure et dure. Le Star Wars de Lucas, le E.T. de Spielberg, le Retour Vers Le Futur de Zemeckis. Voilà ce à quoi tendent les efforts du réalisateur. Marquer l’histoire du cinéma par du divertissement de très haut niveau. Les influences qui l’ont marqué (il est un fan inconditionnel de Spielberg) font ainsi de ses films des blockbusters finalement très classiques. Pour Star Trek : Into Darkness, sorti mercredi dernier, il a refusé l’usage de la 3D avant d’accepter de l’adapter aux trois dimensions lors de la post-production. Le film est ainsi entièrement tourné en pellicule; rarissime pour un si gros budget en ces périodes de numérisation à outrance. C’est cet attachement au classicisme qui lui fait aussi gagner la reconnaissance des plus exigeants médias culturels : en témoigne la note maximale accordée par les Cahiers du Cinéma à Star Trek : Into Darkness. En terme d’influences, on retrouve dans ses projets la marque des grands maîtres cités précédemment. Comment ne pas penser à Seul Au Monde, le film de Zemeckis avec Tom Hanks, qui comme Lost traita le sujet de la survie en île déserte ? Quand à ce dernier Star Trek, il est blindé de références à Star Wars et ne pourra que rassurer les fans quand à la réalisation imminente du septième film.

La bande-annonce de Star Trek : Into Darkness, en salles depuis le 12 juin

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Conclusion : J.J. Abrams est énervant. Sa tête apparaît dans tous les magazines. Il gravit tranquillement les marches du succès et le coffre-fort de sa maison de production est bien fourni; il en est d’ailleurs probablement de même pour son propre portefeuille. Mais J.J. Abrams a du talent; il connaît ses classiques, a tout compris aux attentes de son public et sa crédibilité lui garantit une indépendance totale dans ses choix d’écriture et de production. En fait, il se peut qu’il nous fournisse, à l’image d’un Christopher Nolan, les meilleurs blockbusters d’action / science-fiction de ces prochaines années.

- Marin Charvet -

@marino10x

Un Commentaire
  1. TeezY le 21 juin 2013 à 9 h 59 min

    Superbe article (comme d’hab). Merci.
    C’est vrai que de part son PC et ses expériences il s’est forgé une image digne des plus grands !
    Je vais voir Into Darkness ce weekend, après avoir revu le premier pour raffraichir la mémoire. On verra bien ce qu’il en est !