Surtout, ne le dites à personne

Game est-il la prostituée du Rap-jeu ?

14 décembre 2012 . 13 commentaires
By Nico, in US Side

Ne vous fiez pas à l’étoile de clown tatouée sur le faciès ou à son émission de télé-réalité, Game est un Gangster, un vrai. De Compton qui plus est. Ne s’improvise pas gangsta-rappeur le premier maton venu tatoué de la tête au pied, sorry Rick Ross. Alors oui, Game a grandi dans un quartier où les gangs sont légion, s’est fait tirer dessus et glorifie un style de vie aux antipodes de la bienséance ; de glorieux faits d’arme ne l’ont pas empêché d’être progressivement passé du statut d’icône de la Cote Ouest à celui de prostituée la plus talentueuse du Rap-jeu. Faut-il vendre son flow pour perdurer dans une industrie aussi vorace qu’un Anthony Hopkins privé de chair humaine ? Explication de texte façon Neo Boto.


« Je suis le deuxième négro le plus talentueux de Compton que tu entendras jamais, le premier ne balance des albums que tous les sept ans ».

Force est de constater que Kendrick Lamar a foutu un sacré coup de savate dans la fourmilière West-Coast. Game, en reine ancrée dans son trône instable en a fait les frais, contraint de se plier aux exigences d’un jeune valet aux ambitions proportionnelles à son talent. Si le flambeau s’est transmis en douceur sur « The City », la patrone  – nota bene : si un jour vous croisez Game au détour d’une soirée échangiste, prière de ne pas lui dévoiler que Neo Boto l’a qualifiée de reine des fourmis : le bonhomme a beau avoir une étoile rouge pétant collée sur la tronche, il n’en reste pas moins sacrément flippant – a du se réinventer en profondeur, sacrifiant son identité et ses aspirations de grandeur sur l’autel d’un échec évident. Jayceon Taylor, a intégré que le cas Lamar ne se réglerait pas chez le poissonnier mais en tendant une main avenante au petit prodige qu’il était quelques années auparavant. Il s’est donc graduellement transformé en un être dénué de tout charisme, courbant l’échine devant les nouvelles pontes d’un mouvement friand de renouvellement.

A la manière d’une Zahia moyenne, écumant les clubs huppés dans l’optique de s’assurer une reconnaissance d’estime, Game a donc multiplié les collaborations sans jamais parvenir à injecter la verve qui était la sienne sur ses deux premiers albums. Naguère instigateur de tendance, couplant sonorités West Coast à des boucles soulful aux relents New-Yorkais, l’ex-soldat de G-Unit, s’il reste un MC doué d’un talent inné pour choisir ses beats, est progressivement devenu la version rappeur et moins horripilante de DJ Khaled. Autant dire que la comparaison n’est pas fameuse. Un sentiment dérangeant tant on connait le talent du bonhomme, étincelant sur des titres conceptuels et introspectifs « Ricky », « Can’t Get Right », « Start From Scratch », lorsqu’il laisse au placard son besoin maladif de reconnaissance. Trapped In The Closet affirmerait R.Kelly. Un comble pour l’auteur de The Documentary et Doctor’s Advocate, deux des plus vibrantes réussites rapologiques des dix dernières années.


« Tes habits sont cleans, mais tes narines disent le contraire. J’imagine que personne n’est un menteur ici. Si c’était vrai, l’église dans laquelle nous nous trouvons brûlerait de suite. Je suis reconnaissant que nous ayons un chœur ici, pour me réveiller à chaque fois que je suis fatigué de ce non-sens »

Le constant est dérangeant et compliqué à établir. Ne nous méprenons pas, si L.A.X est un égarement difficilement justifiable, R.E.D et Jesus Piece, en dépit de leur aspect impersonnel et résolument convenu, n’en restent pas moins de bons albums, idéalement produits et à la puissance de frappe considérable. Pourtant, Game en se pliant aux codes de ses invités et superposant sonorités Californiennes « Drug Test », Hippy « Speakers On Blast », New Yorkaises « Name Me King » et Sudistes « Ali Bomaye » s’est tiré une balle dans le pied. Les rappeurs étant davantage portés sur les calibres que les violoncellistes de l’époque Baroque, Neo Boto formule l’hypothèse selon laquelle Game aurait voulu imiter Jean Baptiste Lully. Le compositeur du dix-septième siècle s’était volontairement infligé un coup de canne dans le pied après une répétition ratée, provoquant une gangrène qui lui sera fatale. Un homme cultivé ce petit Jayceon.

Relayé au second plan et spectateur forcé des performances de ses illustres collaborateurs, le rappeur se complaît dans une facilité contrariante qui éclipse les brillants instants de Jesus Piece, « Hellelujah », « Freedom », « Blood Diamonds », dissimulés derrière une succession de tracks sans véritable direction artistique. Game aurait-il compris que son seul charisme et talent pour sublimer de banales histoires de rue par une voix rocailleuse ne serait pas suffisante pour accéder au Saint Graal de la longévité ? Tel un bonobo en chaleur, le protégé de Dr. Dre a sauté sur tout ce qui bouge, si bien que ses accouplements à répétition pourraient le précipiter dans les sphères de l’oubli général, au rang de ces rappeurs schizophréniques se démultipliant pour subsister. A tel point que son flamboyant début de carrière est susceptible d’être réduit au silence face au vacarme assourdissant de ses deux dernières sorties.


Rappeur bipolaire et auréolé du statut de plus belle girouette du Game – ses beefs puis ses réconciliations avec la moitié de l’industrie en sont témoins -, le rappeur de Compton a pourtant réussi à se bâtir une carrière exemplaire sur le socle d’une authenticité palpable. Sans jamais renier ses origines Californiennes, Taylor s’est pourtant graduellement éloigné de ce qui le distinguait de ses homologues en se fondant dans une masse homogène. Kendrick Lamar, en conviant peu d’invités sur Good Kid m.a.a.d City l’a prouvé symboliquement : c’est en grandissant seul que l’on prouve sa véritable valeur. A méditer.


13 Commentaires
  1. hdkay le 14 décembre 2012 à 18 h 55 min

    je suis d’accord. Pour moi Game était le seul qui savait choisir ses feat et surtout les faire aller dans le bonne direction. Les anciens album était propre bien finis, une intro, une outro et des beats avec des chorus soul. jesus piece est juste une mixtape avec tout les artistes du moment, une mixtape hood mais pas fini avec meek mil et j cole qui annonce leur nom avant leur couplet, seul ‘name me king’ merite le statut de morceau. c’est le projet qui le voulait.

  2. Bixente le 14 décembre 2012 à 20 h 50 min

    Pourquoi ne pas plutôt parler vraiment de l’album, que se perdre dans des « banalités » (sans méchanceté aucune) et du sensationnel (comparaison prostitué), sur l’un des plus grands rappeurs que cette musique ait compté (Top 30). D’autant plus que le skeud, malgré ces featurings à outrance pas toujours utiles, le mérite amplement : gros album.
    Mais peut-être une chronique est-elle prévue ?!

    • Nico le 14 décembre 2012 à 21 h 05 min

      Le but de ce papier est d’analyser le revirement progressif de Game en tant qu’artiste et sa relative perte d’identité. Le sensationnel est du second degré et est délibérément exagéré, mais je pense que tu l’as compris ! En effet, une chronique est prévue pour la fin du mois, bien vu ! En espérant que le papier t’ait plu malgré tout :)

  3. Bixente le 14 décembre 2012 à 22 h 17 min

    Ok ok. Sinon, oui l’article m’a plus comme à chaque fois ! Je reviendrai voir la chronique de l’album bien entendu ;) .

  4. Romain le 15 décembre 2012 à 0 h 53 min

    ouhla!!! article qui me fait très mal après la claque que je viens de me prendre avec jesus piece!! parce que pour être honnête bien que gros fan de The game je n’attendais pas particulièrement son album peut être la faute à aucun gros single sorti auparavant, les sunday service assurant une promo tardive et le single celebration n’apportant rien d’original! mais pour moi cet allbum est une gifle, la richesse des prods y étant pour beaucoup avec des titres énormes comme ali bomaye, can’t get right, name me king, pray…et je pourrais en citer d’autres! après je vous rejoins dans le sens où comme pour la mixtape californa republic qui était également un petit bijou d’après moi, la qualité ne vient pas de the game mais plutôt des invités et des prods. mais bon je vous trouve très sévère avec the game parce que quand un artiste sort un album comme ça, il mérite qu’on le traite avec plus de respect! mais bon c’est vrai il est plus simple de traiter the game de prostituée assis confortablement derrière son pc que de nous pondre un album comme ça… perso moi je range cet album dans mon top 5 de l’année aux côtés de life is good, GKMC, god forgive i don’t, et bien sûr le numéro pour moi control system d’ab soul!
    a part ça continuer votre travail neoboto votre site gère même si je ne suis pas tjr d’accord avec vos articles (la critique de the weeknd aussi par ex.) mais bon l’intérêt d’un site c’est qu’on peut en débattre ;-)

    • Nico le 15 décembre 2012 à 10 h 24 min

      Encore une fois le terme de « prostituée » est délibérément exagéré et doit être pris au second degré. La qualification accentue simplement le fait que Game s’associe avec les trois quarts de l’industrie lors de ses albums et Mixtapes, comme tu l’as très justement dit. Pris individuellement, chaque titre de l’album, à l’exception de « Church », comporte des qualités indéniables, mais qui, dans l’ensemble, manquent clairement d’identité et s’apparentent alors d’avantage à une compilation qu’à un véritable album. Game possède toujours ce don inné pour choisir ses prods et n’a rien perdu de son charisme, il s’est, selon moi, simplement laissé progressivement bouffé par ses invités. Si bien que Jesus Piece s’apparente à un album de « Game featuring… « . Dommage quand on connaît les qualités du MC !

  5. Fée Klo le 15 décembre 2012 à 9 h 38 min

    Vous êtes durs, les gars. Mais bon, c’est pas très faux tout ça…

  6. El Jefe le 15 décembre 2012 à 12 h 33 min

    Vous vous réveillez 5 ans après. A part Doctor’s Advocate, tout les albums de The Game ressemble à des compilations. Documentary est un empilement de hit. On passe d’How We Do à Don’t Need Your Love à Church for Thugs. Et depuis LAX, il invite tout et n’importe qui sur ses albums.

    « Ali Bomaye » sonorité sudiste ? I Remember, à la limite Scrared Now. Mais pas « Ali Bomaye », ok y a Ricky et Tity mais le beat est en rien sudiste.

    Enfin le principal c’est qu’il continue à faire de la bonne musique. Et pour moi, il rempli ce rôle.

  7. blocka le 15 décembre 2012 à 15 h 57 min

    Moi je trouve que L.A.X est un bien meilleur album que R.E.D. Y’a quasiment rien a jeter dans l’album, « Dope Boys », »Bulletproof Diaries », »Money », »State of Emergency » c’est des bangers, « My Life » c’est un hit, y’a « Letter to the King » et L.A.X Files qui sont de très bons sons..
    Et je trouve qu’il y a une véritable direction sur « Jesus Piece », il a déclaré avoir refait tout l’album suite aux conseils de Yeezy et n’avoir gardé que « Jesus Piece » et « Celebration de l’original. Pour moi Jesus Piece est même son 2ème meilleur album.

  8. Jeezy le 15 décembre 2012 à 21 h 17 min

    Je pense que c’est bien d’avoir un peu de respect pour les artistes et que des insultes gratuites pour interpeller le chaland c’est bas. C’est un album de qualité auquel nous avons affaire. La comparaison avec KDot n’a pas à avoir lieu. Un album n’a pas et n’est pas forcément meilleur, conceptualisé. La critique se doit d’être constructive. Parce qu’en vrai Nico à cet instant rien ne te différencie des petits cons des forums de booska-p. A méditer.

    • Nico le 15 décembre 2012 à 23 h 40 min

      Dommage que tu aies interprété l’article de cette manière. Si tu avais compris le papier, tu aurais remarqué que les « insultes » sont du second degré et que l’ensembleest une alternance d’ironie et d’analyse de fond sur l’évolution artistique de Game. A aucun moment je n’affirme qu’il est un mauvais rappeur, bien au contraire ou que Jesus Piece est médiocre. Le but n’est pas de chroniquer l’album (qui contient d’ailleurs son lot de pépites) mais bien d’apporter un éclairage nouveau sur la carrière du MC. En espérant que tu trouveras ton bonheur ailleurs sur le site !

  9. Buddle le 17 décembre 2012 à 18 h 35 min

    « Prostituée », plutôt racolleur comme titre mdr
    Nico on a très bien compris qu’il fallait prendre la chronique au second degré et que Kendrick pèse lourd. maintenant j’attends avec impatiente un papier sur l’album (cette fois-ci sérieux lol)
    L’album contient quasiment que des Feats. c’est vrai mais en même temps il l’a clairement dit plusieurs fois en interview, c’est le concept de l’album: réunir les mcs du moment même si le projet n’a aucune cohérence.
    Au niveau des lyrics, il reste quand même chaud, notamment sur l’une des tracks bonus « blood of christ » où il s’est prend au G-Unit, à Shyne et plus surprenant à Diddy à plusieurs reprises (je ne m’étale pas, c’est pas l’objet de cet article)

  10. Fuxy le 19 décembre 2012 à 14 h 23 min

    Hello concernant Game et Kendrick il aurait été intéressant de parler du 2ème couplet de Black Boy Fly (cf GKMC) où Kendrick fait référence à Game, et d’indiquer que désormais les positions ont changées. Kendrick était jaloux de Game, maintenant c’est Game qui peut jalouser Kendrick.

    Sinon dommage que tout soit traduit en français