Obama et ses amis rappeurs
Entre le hip-hop et Obama rien ne va plus

Si 2012 aura vu Barack Obama reconduit dans ses fonctions, cette année aura été aussi celle du doute et du désenchantement pour une partie de ses soutiens. Le monde du hip-hop notamment, pour qui l’ancien avocat de Chicago représentait un symbole fort et un espoir possible, s’est élancé dans la campagne de 2008 avec une exaltation aveugle et une consensualité parfois naïve. Car le premier homme noir à poser son arrière-train dans le salon ovale se devait d’avoir une bande son taillée sur-mesure à la façon d’un blockbuster. Nas, Young Jeezy, Mos Def, Common, Talib Kweli ou encore l’indécrottable Will I Am y sont allés de leur éloge musical dédié à leur hypothétique président. Mais malgré la réélection, la B.O. semble aujourd’hui être singulièrement en panne d’inspiration. Désamour ? Déception ? Perte de fraîcheur ? La relation qui unissait Obama et une partie des représentants hip-hop il y a quatre ans a visiblement du plomb dans l’aile.
De la ferveur à la désillusion
Après analyse, force est d’avouer qu’entre une partie des artistes hip-hop et Barack Obama, la désillusion a été sévère. A l’image d’une population traversée par le doute et l’envie d’une possible réélection, la ferveur de certains rappeurs a été mise à rude épreuve durant ces trois dernières années. Il faut dire qu’en 2008, les rappeurs avaient peut être donné le ton un poil trop haut. En effet, dès 2007, le nom d’Obama apparaissait pour la première fois dans les lines de Common et Talib Kweli. Le calme avant le tempête médiatique. Devenu leader du parti démocrate en 2008, l’ancien avocat a très vite été identifié comme le symbole d’une Amérique en passe d’être réconciliée avec son passé obscur. Obama devint alors le point fixe d’un horizon d’attente fantasmé, imaginé et rêvé depuis des décennies par plusieurs générations d’afro-américains. Principale laissée-pour-compte d’une société qui a vu ses ancêtres courber l’échine dans les champs de coton, la communauté noire n’a pas demandé son reste pour s’emparer de ce symbole inespéré. En première ligne – médiatisation oblige – des rappeurs tels que Nas (« My President Is Black »), Young Jeezy (« My President ») ou encore Will I Am (« Yes We Can ») ont été via leurs morceaux respectifs, les porte-voix du candidat Obama. D’autres comme Jay-Z, Mos Def, Puff Daddy ou Questlove ont usé de leur rhétorique et de leur image médiatique afin de fédérer les foules et notamment une jeunesse a priori peu concernée par la vie politique. Si l’impact de la propagande hip-hop pro-Obama sur les jeunes reste difficile à évaluer en 2008, les chiffres démontrent en revanche un regain inédit dans l’histoire électorale du pays, puisque le nombre de jeunes votants n’avait jamais été aussi haut depuis 35 ans. Bien que parfois intrusif dans la vie politique à l’image d’un Ludacris offrant sa saillie verbale à Hillary Clinton (« Politics : Obama Is Here »), le hip-hop s’est senti investi d’une mission que les conseillers en communication ont accueilli avec intérêt.
En comparaison, la campagne de 2012 s’est avérée beaucoup plus contrastée dans les soutiens au président sortant. La sphère hip-hop en particulier, s’est peu à peu délitée au fil des ans, offrant toujours une base de personnalités fidèles au candidat à l’instar de Jay-Z, Will I Am, Puff Daddy ou Russel Simmons, mais dont l’espoir a très vite été terni par la réalité sociale et politique arrivé à mi-mandat. A la différence de 2008, l’absence même d’un hymne pro-Obama marque de manière symbolique l’affaissement du soutien d’une partie de la scène hip-hop pour le président. Inversement, le rap a été peu sollicité ces derniers mois par l’équipe d’Obama, comme en témoigne la playlist de campagne de février qui ne comportait aucun titre rap. Comble du malheur, celui que l’on qualifiait il y a quelques années de « hip-hop President », signe ici une déconvenue cinglante pour les acteurs du double H. Si un tel parti pris reste difficile à expliquer, on peut supposer que le hip-hop suscite une certaine méfiance, à la fois pour ses sorties médiatiques (Ludacris) que pour son image négative, véritable caviar pour le parti Républicain toujours à l’affut des poncifs les plus infâmes (cf. l’épisode de Common à la Maison Blanche). Une ambivalence qui n’a pas empêché certains artistes comme Jay-Z dont l’appui s’est poursuivi jusque dans l’Ohio (ce dernier changera d’ailleurs les paroles du morceau « 99 Problems » devenu « I got 99 problems but Mitt ain’t one ») de faire preuve d’une fidélité à toute épreuve malgré une déception palpable. Exit la grandiloquence des beaux jours et l’exaltation commune, 2012 s’est avérée sensiblement plus austère. En ce sens, l’affaissement du soutien des rappeurs à Barack Obama a incarné le symbole d’un engouement beaucoup plus mesuré parmi les anciens électeurs extatiques.
- Le plus gros terroriste aux Etats-Unis c’est Barack Obama -
Obama dans le collimateur et le hip-hop pro-Romney
La médiatisation à outrance de la relation qui unissait les artistes hip-hop à Obama en 2008 a contribué à créer une illusion selon laquelle, le hip-hop s’est constitué en une entité partisane (pro-Obama) et indissoluble. Ces derniers mois ont bien sûr prouvé le contraire. La scène hip-hop américaine est en effet loin d’être entièrement acquise à la cause d’Obama. En atteste les prises de position très critiques à l’égard du président, de la part de rappeurs comme Blu Scholar, DMX, Killer Mike et son brûlot « Reagan », Boots Riley du groupe The Coup pour qui « Obama n’est qu’une marionnette », ou encore Lupe Fiasco qui s’est fendu de plusieurs déclarations implacables dont une mémorable selon laquelle « le plus gros terroriste aux Etats-Unis c’est Barack Obama ». A l’inverse de ce que le climat de 2008 laissait transparaitre, l’engagement des artistes hip-hop aux côtés du président est en réalité beaucoup plus contrasté qu’il n’y paraît. De plus, les prises de position de certains rappeurs ou rappeuses en faveur de Mitt Romney tranchent on ne peut plus vivement avec cet inconscient collectif qui voudrait que le hip-hop soit intrinsèquement pro-Obama. Le cas de personnalités à l’instar de LL Cool J, 50 Cent ou Prodigy de Mobb Deep dont les voix sont allées au candidat républicain tendent à prouver que le rap est loin d’être politiquement uniforme.
Les raisons possibles du désenchantement
Très tôt (dès 2009), certains artistes pro-Obama ont fait état de leur inquiétude quant aux promesses du président. Élu la première fois sur un socle symbolique (premier Président noir) et grâce à un programme basé sur la lutte contre le chômage, le retrait des troupes d’Irak et la réforme sur la couverture de santé universelle, le taulier de la Maison Blanche a déçu une grande partie de ses soutiens dont certains rappeurs. Lorsque Jay-Z parle du taux de chômage encore trop élevé (entre 8 et 10%), chez Russel Simmons pointe une certaine inquiétude devant la tache à accomplir : « Le Président a fait d’énormes progrès dans de nombreux domaines, comme la fin de la guerre en Irak, la création d’emplois et la réforme de Wall Street mais sa politique a besoin de temps pour prendre effet et nous avons encore beaucoup de travail à faire »*. Face à une crise persistante la question de l’emploi reste prépondérante dans un pays où le taux de chômage a frôlé les 10% en 2009. Cette question est d’autant plus importante que le chômage touche en priorité les minorités ethniques, afro-américains en tête, base électorale d’Obama en 2008. A la fin de l’année 2012, la réalité sociale du pays a participé à la remise en question de la politique du Président en matière d’emploi et de politique salariale (salaire minimum). Même son de cloche concernant la réforme de Wall Street. Alors que le mouvement Occupy Wall Street soutenu par quelques rappeurs comme Jay-Z, Kanye West, Lupe Fiasco, Talib Kweli ou encore Bun B, réclamait notamment un contrôle des investissements spéculatifs, Obama n’est pas allé au bout de sa réforme laissant la règle Vokler à l’état de chimère. Autant de déceptions qui ont miné petit à petit l’image d’un Président qui incarnait un espoir alors que le pays subissait les effets de la crise. Il n’est alors pas étonnant qu’une partie des rappeurs qui avaient soutenu le candidat en 2008 se sont sentis quelque peu refroidis à la fin de ce premier mandat. Peut-être que se rendent-ils compte enfin qu’un Président ne peut pas tout, loin de là. L’opposition fait rage, les lobbies après avoir injecté de l’argent dans la campagne exigent en retour une politique au prorata (cf. la loi sur la couverture de santé) et la fraicheur de l’inédit ne peut plus constituer le ressort symbolique grâce auquel Obama a été en partie élu la première fois. Si le Président continue a être soutenu par bon nombre d’artistes, la sphère hip-hop quant à elle a marqué le pas de manière évidente. Bien que l’humeur de certains artistes rap sur les réseaux sociaux a été le soir de la victoire assez enthousiaste, se cache derrière une certaine inquiétude quant à l’avenir politique de l’administration Obama. De plus, l’apparition de voix discordantes à l’intérieur même du game a démontré que le monde du rap n’est pas foncièrement acquis à la cause démocrate.
*interview donnée au magazine Vibe en 2011





Du coup, c’est un article pour nous dire que tous les rappeurs US n’étaient pas pro Obama. Ok et alors ?.. L’intérêt de cet article ?
Absolument pas. Si tu reprends l’article du début jusqu’à la fin il s’agit non pas de dire que tous les rappeurs US étaient pro-Obama, ça n’aurait aucune utilité comme tu l’as dit, (même s’il est utile de le rappeler, sait-on jamais…) mais de mettre la focale sur les soutiens pro-Obama dans la sphère hip-hop et d’analyser cette forme de « désillusion » ou du moins de « déception » qui a caractérisé cette année par rapport à 2008. De plus, il était aussi intéressant de démontrer que par rapport à 2008, quelques voix se sont élevées contre le vote consensuel d’Obama avec des prises de position assez radicales, chose assez nouvelle.