Un mois difficile pour certains...

Chroniques du mois : Février

3 mars 2013 . Pas de commentaire
By Rémy, in What else ?

Atom for Peace – AMOK (XL Recordings Ltd.)

Plus qu’une association d’idées farfelues, le nouveau projet de Thom Yorke (estampillé partout comme tel) Atoms For Peace, sorte d’entité musicale politico-militante, s’inscrit plus dans la lignée des égarements électroniques du frontman de Radiohead qu’autre chose. Le menu faisait pourtant rêver : Nigel Godrich, Flea (RHCP), Joey Waronker (R.E.M., Beck) et Mauro Refosco. Mais au final, à quoi ça sert, sans déconner, de collaborer avec toute une bande de super-musiciens si c’est pour accoucher d’un egotrip ? Digne héritier de la boîte à musique ballottante qu’est The Eraser, qui était lui-même dans la veine de Radiohead, on se demande bien ce qui sépare aujourd’hui Atoms for Peace de Radiohead si ce n’est un irrévérencieux sens du combat écolo et un line-up 2.0. Bien conscient qu’un artiste ne puisse pas éternellement se renouveler, Yorke met la barre un peu trop haute pour un travail d’équipe qui tient plus du plaisir solitaire que de l’échangisme. - Vincent Vuillaume -

Bilal – A Love Surreal (eOne)

L’auteur du fameux 1st Born Second serait-il passé du côté de la guimauve ? C’est du moins l’impression que nous donne A Love Surreal et ses quatorze morceaux consacrés aux pérégrinations amoureuses dans ce qu’elles ont de plus complexes. Mais voilà, à force de chanter les variations de Cupidon, Bilal finit par prêcher dans le vide malgré des productions tout en retenue qui frisent parfois avec la lassitude la plus extrême. A ce stade, A Love Surreal fait passer l’effeuillement de pâquerette pour une activité plus grisante. - Pierre-Jean Cléraux -

Edo G – Intelligence & Ignorance (Envision Entertainment)

Nous sommes en 2013 et Edo G a 42 ans. Certes, ce n’est plus que c’était, mais le rappeur a encore des restes, en tout cas c’est ce qu’il a su nous démontrer il y a deux ans sur son dernier opus A Face In The Crowd qui, bien que ce ne fut pas un grand album, restait toutefois agréable. Cette année il tente de poursuivre sur sa lancée avec un nouvel album baptisé Intelligence & Ignorance, un projet bref (une trentaine de minutes) réalisé en famille (on retrouve principalement son entourage). Loin d’être mauvais, cet opus n’est pas non plus de haute volée. Alors que le début de l’album reste plutôt correct avec quelques bonnes tracks, « Easy » et surtout le touchant « Love I Need » avec Freestyle, la seconde moitié s’avère quant à elle de piètre qualité avec en tête l’inaudible « Give It To Me ». Un album plus que mitigé donc. - Rémy Paurion -

Fleetwood Mac – Rumours (Re-Issue) (East West Music)

Les rééditions d’albums sont souvent l’occasion de redécouvrir des pépites du patrimoine musical parfois oubliées ou passées injustement inaperçues. C’est le cas de Rumours des britanniques Fleetwood Mac, album culte et phénoménal (on parle de quarante millions d’exemplaires écoulés, un des dix albums les plus vendus de tous les temps) édité pour la première fois en février 1977 et resté, depuis, secrètement bloqué au cœur des seventies. Tout, dans ce disque, du sublime artwork signé Desmond Strobel aux vagues de surf-music, nous renvoie au folk et à la pop californienne des années 70. Si la version d’origine et son lot de tubes demeurent intactes (« Dream », le chef d’œuvre « Oh Daddy »), la ressortie a été agrémentée d’un pack trois CD comprenant également une sublime version live de 1977 ainsi que des vieilles prises de studio (démos, unplugged) qui intéresseront à coup sûr le fan de la première heure. Trente-cinq ans plus tard, cette édition anniversaire est l’occasion rêvée de se replonger sur un immanquable de l’histoire du rock. - Morgan Henry -

Foals – Holy Fire (Warner Music UK Limited)

A l’heure où les « band » de rock naissent plus vite que les kids issus de la PMA, les Foals ont réussi l’exploit (en seulement trois skeuds) d’être presque aussi attendus que le retour de l’éternel mais vieillissant Ziggy Bowie, allant même jusqu’à obscurcir le come-back hasardeux des bibelots de My Bloody Valentine. A la première écoute de la berceuse funk qu’est « My Number », on réalise direct que les garçonnets viennent d’accoucher d’un de leurs titres les plus grand-public à ce jour, un vrai sésame pour bandes FM. A la fois brut de décoffrage et à fleur de peau, Holy Fire peut paraître parfois décousu, tant on y trouve autant de grosses grattes (« Inhaler ») et de futurs tubes radio-formaté (« My Number ») que de grands moments de rock expérimental (« Providence », zénith de l’album). En dépit d’une formule qui s’est peu à peu standardisée, le ras-de-marrée Foals s’est ré-enclenché et la flamme continuera de brûler jusqu’à ce qu’un nouveau jeune quintet venus de la mer Baltique arrive et leur pique la place. - Vincent Vuillaume -

Gaël Faye – Pili Pili Sur Un Croissant Au Beurre (Touria Prod)

Gaël Faye aurait-il atteint la perfection avec ce premier effort solo ? La question mérite d’être posée tant le travail de l’acolyte d’Edgar Sekloka au sein du collectif Milk Coffee Sugar est saisissant de qualité. Tant au niveau de la texture sonore, essentiellement assurée par Guillaume Poncelet, où se mêlent influences africaines (« Bouge à Buja », « Président ») et beats carrément hip-hop (« Fils du Hip-Hop »), que dans les textes, Pili Pili Sur Un Croissant Au Beurre ne laisse aucune place au doute : le natif de Bujumbura a signé un album d’une sincérité palpable et à la teneur d’ores et déjà intemporelle. Témoignage d’un jeune adulte portant un regard lucide sur le monde qui nous dévore, le Pili Pili est une leçon de vie avant d’être un simple intermède musical. Éblouissant de justesse. - Nicolas Rogès -

Granville – Les Voiles (East West / Warner Music)

Plébiscité quasi unanimement par l’ensemble de la critique indé, le tout premier effort des quatre normands de Granville confirme l’excellente santé de la pop française depuis deux ans. Toutefois, les merveilles d’inventivité entrevues sur les albums d’Aline (Regarde Le Ciel), Lescop (Lescop) ou Yan Wagner (Fourty Eight Hours) sont ici relayées au rang de ritournelles popy très (très !) naïves. Une fois écartée la voix de la chanteuse Melissa – qui rappelle vraiment trop Cœur De Pirate pour être crédible – reste de ces Voiles une poignée de mélodies sautillantes relativement inoffensives (« La Robe Rouge », « Les Corps Perdus »). Si le single « Jersey » garantie quelques déhanchements forts bien venus,  l’écoute consécutive de ces douze titres s’avère très rapidement crispante, la faute à cette voix de tête monocorde et irritable. Granville, qui qualifie volontiers sa musique de « naïve, simple, guillerette et touchante à la fois », a au moins le mérite de ne pas nous tromper sur la marchandise. Pour le meilleur et, surtout, pour le pire… - Morgan Henry -

Jamie Lidell – Jamie Lidell (Warp Records)

Connu pour son univers bigarré, Jamie Lidell s’était depuis quelque temps « encrouté » dans un style neo-soul qui semblait contenir à merveille ses exigences musicales. Pour ce dernier album sobrement intitulé Jamie Lidell, le british s’est dirigé vers des sonorités boogie-funk cousines de Prince, Zapp ou Slave. Si le genre connait un regain certain dans les productions de Dam-Funk ou Onra, Jamie Lidell s’est engouffré tout entier dans ce groove typique des 80′s à grand renfort de « claps » secs et de bass-lines rondouillardes. Si les compositions trahissent une réelle volonté d’électroniser l’ensemble, force est d’avouer que le chanteur s’enlise dans un style peu naturel. Empêtré dans ses effets vocaux, Jamie Lidell parvient difficilement à convaincre malgré le flamboyant « You Naked« . - Pierre-Jean Cléraux -

Joe Budden – No Love Lost (E1)

Dix ans après la sortie de son premier essai éponyme congratulé d’un disque d’or, Joe Budden fait son retour avec un troisième album studio via la structure indépendante E1. Pour ce No Love Lost, le rappeur a réuni autour de lui des artistes de prestige (Lil Wayne, Wiz Khalifa, Cardiak, T-Minus…), non sans rendre le projet impersonnel à souhait vous l’aurez bien compris. Et comme si cela ne suffisait pas, le MC en rajoute en couche en suivant la même recette utilisée par les Slaughterhouse (son groupe avec Crooked I, Joell Ortiz et Royce Da 5’9″) sur leur dernière galette Welcome To : Our House, multipliant les morceaux mainstream comme on les aime si bien (vous pourrez apprécier la belle brochette « Top Of The World », « She Don’t Put It Down », « NBA » en tout début d’album). Malgré trois petits morceaux qui restent corrects dans le genre, « Castles », « All In My Head » et « Switch Postition », cela ne suffira malheureusement pas à relever le niveau de cet effort grand public qui constitue à ce jour le plus mauvais projet de Joe Budden. - Rémy Paurion -

Kavinsky – OutRun (Record Makers)

Après une poignée d’EP dont le fameux « Nightcall » qui lui assurera une portée internationale, Kavinsky s’essaie enfin sur un projet longue durée baptisé Outrun. Co-produit avec son acolyte SebastiAn, le natif du 93 revêt une nouvelle fois ses gants de cuir, son blouson Teddy et ses Wayfarer noires pour un trip à 200 km/h dans cette sorte de B.O. taillée sur-mesure pour un film imaginaire. Reposant sur des textures analogiques directement inspirées des musiques de films composées par des artistes comme Gobelin ou Giorgio Moroder, Kavinsky joue à fond la carte 80′s, réintégrant au passage des morceaux qui ont fait leur preuve comme « Nightcall« , ou « Testarossa Autodrive« . Accords aériens, beats furibonds enrobés d’effets cheap, Outrun flirte volontairement avec la caricature quitte à fatiguer quelque peu l’auditeur en fin de course. Si dans l’ensemble on peut regretter un manque de nuance dans la production, ce premier album est à l’image de son  avatar. – Pierre-Jean Cléraux -

My Bloody Valentine – MBV (Pickpocket)

Personne ne pourra savoir avec certitude quel délire masochiste a possédé Kevin Shields quand il s’est attelé à la création de MBV. Est-ce une tentative avortée de vouloir recréer la suite de Loveless et imaginer tout ce qu’on a loupé depuis vingt ans ? Ou a-t-il voulu nettoyer son background et ouvrir un nouveau chapitre dans l’histoire du groupe ? Que ce soit conscient ou non, MBV est le prolongement naturel de Loveless, comme si le groupe s’était efforcé de continuer là où il s’était arrêté en 1991. Le souci quand t’es un groupe qui a réussi à marquer son temps,  c’est que tes oeuvres «devenues cultes» (du Black Album de Metallica jusqu’à 2001 de Dre) résonnent comme des pièces intemporelles et incomplètes qu’il est interdit de modifier sous peine de malversation du cours de l’histoire. Et c’était bien le principal défaut de Loveless. Depuis vingt-deux ans il était comme le souvenir d’une promesse contrariée, un teaser de ce qui aurait pu arriver si seulement Shields et son crew n’avaient pas tout foutu en l’air. - Vincent Vuillaume -

Sallie Ford & The Sound Outside – Untamed Beast (Partisan Records)

Dirty Radio, formidable premier opus du combo de Portland Sallie Ford and The Sound Outside nous avait tellement mis en joie à l’automne 2011 que l’on attendait son successeur avec un enthousiasme non dissimulé. Un poil moins chaleureux, plus chargé en cymbales et riffs de guitare, Untamed Beast penche davantage vers le rockabilly que la soul bluesy de Dirty Radio. L’expérience est salutaire, manque de bol le résultat est en deçà de nos espérances. Si la voix de la frontman Sallie Ford nous fait une fois de plus voyager dans les années 50/60, le mariage avec des arrangements plus rugueux qu’à l’accoutumé se fait plus difficilement comme le prouve le single clippé « Party Kids ». Sallie Ford et ses trois p’tits mecs sont passés du groove voluptueux à un rock brut et cuivré ambiance Far West. Bien que ce deuxième essai n’affiche jamais la splendeur du premier, Sallie Ford and The Sound Outside reste un groupe on-ne-peut-plus attachant que l’on défendra bec et ongle encore longtemps. - Morgan Henry -

Scylla – Abysses (Abyssal Musique)

Scylla concrétise avec ce premier long format la métaphore qu’il développe depuis ses débuts en solo : la plongée dans les profondeurs de l’être humain. Tissé de breaks simplistes souvent accompagnés du son glacial d’un piano et d’un violon, l’album dépeint un quotidien soumis au joug du Malin, faisant rimer rap avec obscurité. Doté d’un flow rocailleux et d’une aisance lyricale remarquable « Second Souffle », « Répondez-Moi », le MC belge prouve avec Abysses qu’il est un personnage au charisme certain et à l’univers artistique bien défini. D’une noirceur écrasante, Abysses est une expérience singulière qui happe l’auditeur dans une spirale des plus oppressantes. Étouffant et brillant. - Nicolas Rogès -

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